Cavanna: Lettre ouverte aux culs-bénits

(A. Michel, Paris, 1994)

Extraits


La peur pose les questions, la religion donne les réponses. (p. 92)

Vous tous,
qui ne pouvez vivre sans un père Noël et sans un père Fouettard,

vous tous,
qui ne pouvez supporter de n'être rien de plus que des vers de terre avec un cerveau,

vous tous,
qui avez besoin de n'être pas nés pour mourir et qui êtes prêts à avaler tous les mensonges rassurants,

vous tous,
qui vous êtes bricolé un dieu "parfait" et "bon" aussi stupide, aussi mesquin, aussi sanguinaire, aussi jaloux, aussi avide de louanges que le plus stupide, le plus mesquin , le plus sanguinaire, le plus jaloux, le plus avide de louanges d'entre vous,

vous tous, oh, vous tous,
Foutez nous la paix! (p. 12-13)


Je ne respecte pas plus les divagations des "grandes" religions ayant pignon sur rue
(grandes par le nombre, ce nombre qu'elles ont toujours conquis par le fer et par le feu: la répartition géographique actuelle des cultes est l'exact reflet de leur expansion militaire en des époques copnquérantes)
que celles des illuminés et des escrocs
(l'un n'empêche pas l'autre)
de l'occultisme, de la voyance, de l'astrologie et de tous les autres consolationnismes exploiteurs de pauvre monde.
Intégristes purs et durs ou pratiquants machinaux, prophètes aux yeux fous ou bonnes soeurs au grand coeur, si je me résigne à leur existence
("Faut bien que tout le monde vive" paraît-il),
je ne "respecte" absolument pas leurs "idées" et j'abomine leur action.
(p. 41)


Heureux les croyants,
mais je préfère mon angoisse et ses yeux grands ouverts.
(p.63)


Les populations slaves durent à coups de pied au cul se plier à la religion des oppresseurs. C'est pourquoi les Serbes sont chrétiens de la variété dite "orthodoxe" et écrivent en caractères cyrilliques, alors que les Slovènes et Croates sont catholiques romains et utilisent l'alphabet latin. Les Bosniaques, eux, sont restés fidèles à l'islam imposé par les Turcs.
Nous avons là un exemple frappant de gens à qui leur foi fut inculquée de force par des oppresseurs honnis et qui, l'oppresseur enfin chassé et la liberté retrouvée, n'en continuent pas moins à pratiquer avec ferveur et, au besoin, jusqu'au martyre, la religion imposée par l'odieux tyran...
[...]
J'ai dit quelque part que l'on a la religion ramassée au hasard de la naissance. C'est encore pis. On a la religion imprimée par la botte à clous du soudard.
[...] le besoin de croire, c'est à dire de ne pas penser, est tellement impérieux qu'on est prêt à croire n'importe quoi, pourvu qu'on croie. Ne pas penser, surtout ne pas penser! De la pensée naît l'inquiétude, et l'inquiétude n'est pas confortable. (p.68-69)


De nos jours, la quasi-totalité des activistes religieux fanatiques prônent la reproduction à tout va, tonnent et fulminent contre l'avortement et la contraception [...].
Ces furieux du lapinisme pieux élèvent leurs enfants, cela va se soi, dans la soumission aveugle à leurs propres dogmes. C'est un formidable raz de marée de culs-bénits fanatiques que je vois grossir à l'horizon.
Les athées, les agnostiques, les tièdes ne se reproduisent qu'à leur guise, pas plus que leur désir d'enfants ou leurs possibilités de les élever correctement ne les y incitent.
Et donc la bêtise (c'est à dire, ici, la foi) gagne et gagne, non seulement par persuasion [...], mais bien plus encore de par le lapinisme forcené des fanatiques.
(p. 90)


Bien-penser est se laisser aller,
Se laisser porter,
Porter par la foule,
Dans la chaude compacte rassurante foule
Des bien-pensants.
(p. 132)


Quatre cents de ces directeurs de conscience pratiqueraient activement la pédophilie [...] défoncer sacerdotalement le tendre anus des petits enfants dont l'Evangile proclame qu'il faut les laisser venir à lui, c'est peut-être dépasser la lettre de l'Ecriture, non? [...]
Il y a déjà, chose infâme!, des aumôniers dans les lycées. Faudra-t-il y adjoindre des infirmières recouseuses d'anus? (p. 148-149)


Les livres dits "sacrés" sont l'éteignoir, l'étouffoir de la raison, la source des fanatismes et des résignations, la référence des charlatans.
Quiconque a été élevé religieusement sera suspect toute sa vie, car les impressions reçues pendant l'enfance (les prêtres le savent bien!) s'impriment très fort dans l'inconscient...
... A moins que l'individu, doté par chance d'une raison exigeante, génératrice de doute, et donc de scepticisme, et donc d'inquiétude, et ayant eu cette autre chance de rencontrer des maîtres qui lui ont appris à s'en servir, n'ait osé passer au crible du doute le sacré même et ne soit devenu un militant antireligieux des plus actifs [...] car lui sait ce qu'est le frisson religieux, la tentation de l'abandon à la foi qui-a-réponse-à-tout, l'attrait du mysticisme, la séduction des "mystères" et les "raisonnements" spécieux des prêtres, et aussi l'intense émotion de la musique sacrée, des chants en commun, de l'ambiance des lieux de culte, bref, de la mise en condition des âmes toutes prêtes à confondre émoi esthétique et présence divine.
(p. 157-158)

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