Voici quelques articles récents (au diable les copyrights) qu'il est encourageant de voir publiés, même si à eux seuls ils ne suffisent pas à faire pencher la balance dans le bon sens.
Sommaire:
1) L'express du 12 9 2002: Ce que l'on n'ose pas dire sur l'Islam Des profs face à l'islamisme.
2) Le Nouvel Observateur du 21 au 27 septembre: Taslima Nasreen: Il faut critiquer l'Islam.
Plus tard: le procès Houllebecq.
Articles de L'Express, 12 septembre 2002.
Ce que l'on n'ose pas dire, par Eric Conan
Non, le monde musulman n'est pas victime de l'Occident, mais de son
propre archaïsme et de l'incurie de ses dirigeants.
Non, les musulmans de France ne doivent pas «adapter» la
laïcité mais s'y plier. Un an après le choc du 11 septembre,
plusieurs ouvrages l'affirment et ouvrent le débat sur ce sujet
explosif.
C'est un effet paradoxal du choc du 11 septembre 2001: loin de provoquer
un débat sur l'islam réel, il a engendré une langue
de bois qui aura régné durant l'année écoulée.
Au nom du refus de l' «amalgame» - entre un bon islam, majoritaire,
paisible et fidèle au Coran, et les dérives minoritaires
de radicaux trahissant le texte sacré - fut ainsi affirmé
que l'islam ne posait guère plus de problème que le judaïsme
et le christianisme. Motivée par les meilleurs sentiments, cette
«ligne» a renforcé plus qu'affaibli les tabous qui pesaient
déjà sur deux interrogations.
L'islam a-t-il une part de responsabilité dans la situation (absence
de démocratie et de liberté d'expression, statut minoré
de la femme, analphabétisme) de quasiment tous les pays à
Etat musulman, dont beaucoup sont loin d'être pauvres?
Et quelle attitude faut-il adopter face aux revendications de l'islam
dans nos sociétés occidentales postreligieuses?
Mettant fin à cette année de mutisme gêné,
plusieurs livres importants - d'auteurs, d'approches et de contenus différents
- lancent aujourd'hui un vrai débat, sérieux et difficile.
Mettant tous en cause la méconnaissance et la naïveté
qui règnent sur ces questions, ils partagent la conviction que le
problème de la place de l'islam est devant nous (musulmans comme
non-musulmans), tout comme la question catholique, dont on a oublié
la violence, est derrière nous. La grande civilisation musulmane,
en avance sur l'Occident du VIIe au XIIIe siècle, s'effondra d'elle-même
dès le XVIe siècle
C'est le premier mérite du grand islamologue Bernard Lewis
que de montrer, en mettant en perspective l'histoire des pays islamiques,
que le sentiment de déclin historique constitue depuis des siècles
une question discutée par leurs propres élites.
Dans un essai étincelant de clarté - Que s'est-il
passé? L'Islam, l'Occident et la modernité (Gallimard)
- ce grand spécialiste au sommet de sa carrière estime que,
loin d'être les victimes d'un Occident diabolisé que beaucoup
d'entre eux dénoncent, les pays musulmans souffrent d'un blocage
historique qui s'explique avant tout par l'emprise des particularités
religieuses de l'islam sur ces sociétés.
Contre l'histoire révisée d'un islam brisé par
les colonisations, Bernard Lewis rappelle que la grande civilisation musulmane,
réceptacle des acquis gréco-romains, triomphante militairement
et en avance sur l'Occident sur les plans économique et culturel
du VIIe au XIIIe siècle, s'effondra d'elle-même dès
le XVIe siècle, laissant définitivement la place au rayonnement
européen entamé avec la Renaissance. Que s'est-il passé?
Cette question, les musulmans sont alors les premiers à se la
poser. Face à leur infériorité nouvelle en matière
d'armement et de guerre, les califes réclamèrent aux docteurs
de la loi une «innovation inouïe»: les musulmans peuvent-ils
utiliser le savoir des «barbares infidèles»?
Oui, si c'est pour les combattre plus efficacement, répondirent
les religieux. Mais, malgré l'adoption des fusils et des canons,
la défaite écrasante devant Vienne (1683) constituera une
leçon sans équivoque. Dès cette époque, l'élite,
consciente d'une crise majeure, se divise. Certains prônent l'imitation
de cet Occident qui les a dépassés.
Mais, «pour la plupart d'entre eux, la source de tous ces maux
tenait au fait qu'on s'était écarté des bonnes vieilles
traditions, musulmanes et ottomanes, auxquelles il s'agissait maintenant
de revenir», note Bernard Lewis, qui constate que, plusieurs siècles
après, «ce type de diagnostic et de remède est encore
largement répandu au Moyen-Orient».
Car le retard ne fut jamais rattrapé, et Bernard Lewis isole
une particularité: alors que le monde islamique fut à une
époque le lieu de la synthèse féconde des savoirs
grec et persan, et de l'articulation entre l'algèbre et la numération
indienne, la situation s'est inversée et la science y fait aujourd'hui
l'objet d'un «rejet» qui constitue «l'un des traits les
plus frappants qui distinguent le Moyen-Orient des autres régions
du monde ayant subi, sous une forme ou sous une autre, le choc de la civilisation
occidentale.
A l'heure actuelle, de nombreux pays asiatiques participent activement
au développement scientifique, lequel n'est plus occidental, mais
mondial. Hormis quelques enclaves occidentalisées et une poignée
de chercheurs originaires du Moyen-Orient travaillant en Occident, la contribution
de la région - telle qu'on peut la mesurer, par exemple, au nombre
de publications dans des revues internationalement reconnues - fait pâle
figure comparée à celle d'autres parties du monde non occidental
ou, pis, comparée à son propre passé».
L'homme n'a pas le pouvoir de légiférer
Ce handicap contribue à un sous-développement économique
dont l'ONU vient de dresser un bilan accablant: malgré le quadruplement
du prix du pétrole, le taux d'accroissement du revenu par habitant
y est le plus bas du monde, à l'exception de l'Afrique subsaharienne,
et la productivité, qui augmente partout, y a baissé.
Pour Bernard Lewis, ces échecs ont une origine culturelle,
l'anesthésie de la créativité temporelle par une religion
totalisante: «L'idée qu'il puisse exister des êtres,
des activités ou des aspects de l'existence humaine qui échappent
à l'emprise de la religion et de la loi divine est étrangère
à la pensée musulmane.»
Et cette pensée présente le handicap supplémentaire
de prôner l'immobilisme: «Selon la doctrine musulmane, l'homme
n'a pas le pouvoir de légiférer; pour les croyants, il n'existe
qu'une seule loi: la sainte loi révélée par Dieu.»
Une vérité absolue dont il ne faut pas s'éloigner
et à laquelle il faut toujours revenir. Alors que l'Occident a entamé
son développement dès son émancipation de l'idée
de vérité divine absolue. Libération permise par le
christianisme, «religion de la sortie de la religion», selon
la formule de Marcel Gauchet, puisque sa séparation entre temporel
et spirituel a livré la société à l'initiative
humaine, qui a fini par repousser, non sans remous ni souffrances, la question
divine dans le seul espace privé.
Pour l'islam, le passage à la laïcité est plus
problématique: Mahomet n'a pas créé d'Eglise, mais
une armée et un Etat soumis à la parole de Dieu.
«Il est plus facile et plus gratifiant d'imputer à d'autres la cause de ses malheurs»
Rappelant que les docteurs de la loi se sont opposés pendant
trois siècles à l'entrée de l'imprimerie dans l'Empire
ottoman, Bernard Lewis estime que «c'est le manque de liberté
qui est à la base des maux dont souffre le monde musulman»:
«Liberté de l'esprit affranchi des dogmes et de la censure;
liberté de l'économie affranchie de la corruption et de l'incurie;
liberté des femmes affranchies de l'oppression masculine; liberté
des citoyens affranchis de la tyrannie.»
Mais il constate que les partisans de cette libéralisation sont
actuellement moins influents qu'au XIXe siècle. Le décalage
croissant entre la fierté de relever de la version ultime et achevée
de la foi et le constat de la place décevante qu'elle occupe dans
le monde incite à trouver un responsable. «Qui nous a fait
ça? Quand tout va mal, il est bien sûr humain de se poser
cette question, relève Bernard Lewis. Il est généralement
plus facile et plus gratifiant d'imputer à d'autres la cause de
ses malheurs.» Un code de comportement fondé sur le licite
et l'illicite
Ce victimisme a d'abord visé la colonisation. «Interlude
relativement court, la domination des Anglais et des Français a
pris fin il y a un demi-siècle; la situation avait commencé
à se détériorer bien avant leur arrivée; elle
continue sur la même lancée depuis leur départ»,
réfute Bernard Lewis. Le rôle du coupable échoit ensuite
aux Etats-Unis, à Israël, aux juifs et plus généralement
à l'Occident. «Pour les gouvernements à la fois autoritaires
et inopérants qui règnent sur presque tout le Moyen-Orient,
ce jeu remplit une fonction utile, sinon essentielle: expliquer la pauvreté
qu'ils sont incapables de réduire, légitimer un pouvoir despotique
qui ne cesse de s'alourdir, détourner le mécontentement croissant
de la population vers d'autres cibles.» Depuis quelques années,
la mondialisation a permis à ce victimisme à la recherche
de boucs émissaires de se déployer.
Dans L'Islam mondialisé (Seuil), le spécialiste français Olivier Roy décrit l'émergence d'un islam qui est non plus localisé dans les pays arabes et asiatiques mais en Occident (Etats-Unis, Canada, Europe). Le néofondamentalisme joue un rôle primordial dans cet islam cosmopolite: il s'adapte à toutes les sociétés et s'adresse aux individus en leur proposant un «code de comportement fondé sur le licite et l'illicite» et en les incitant à «mettre en place des espaces islamisés». Olivier Roy montre que c'est dans cet islam d'Occident, composé de pratiquants diplômés et émancipés des autorités religieuses traditionnelles, que se recrutent les acteurs d'une minorité islamiste violente: tous les militants, sans exception (dont de nombreux Français), impliqués dans les attentats antioccidentaux de ces cinq dernières années ont vécu ou fait leurs études en Occident et étaient de «parfaits produits de l'occidentalisation et de la globalisation».
«Les "modérés" érigent une société qui rejette l'intégration dans les pays d'accueil»
A côté de cette minorité de groupuscules terroristes,
le reste de cet islam mondialisé n'a pas de mal à paraître
«modéré»: «A la différence des terroristes,
ils rassurent le policier et le magistrat, qui en font d'ailleurs des interlocuteurs
privilégiés.
En revanche, ils devraient inquiéter les sociologues et les
politologues, car ils érigent lentement, mais sûrement, une
société en marge des communautés nationales, qui rejette,
de facto, l'intégration dans les pays d'accueil», note Antoine
Sfeir, directeur des Cahiers de l'Orient, qui publie un copieux
Dictionnaire mondial de l'islamisme (Plon).
Rappelant que le débat sépare toujours les réformateurs,
qui souhaitent aller de l'avant pour moderniser et adapter l'islam, et
ceux qui veulent faire un retour en arrière, Olivier Roy
précise que la tendance générale est à la régression:
«Pourquoi les réformateurs sont-ils si peu lus?» s'interroge-t-il
en constatant que la majorité des nombreux sites Internet de cette
«oumma virtuelle» sont néofondamentalistes et d'une
grande «pauvreté conceptuelle»: «L'injure, l'exclusion,
la calomnie, la rumeur ou l'information invérifiable et orientée
sont les traits marquants de ce type d'échange.» Contredisant
le lieu commun selon lequel l'islam va se moderniser plus facilement en
Occident, Olivier Roy estime que les sociétés libérales
sont au contraire des lieux confortables au néofondamentalisme,
à ses réseaux et à ses militants: il y rencontre moins
de contraintes que dans beaucoup d'Etats musulmans. C'est un paradoxe qui
désespère les musulmans réformateurs: non seulement
le discours néofondamentaliste est à l'aise en Occident,
mais certains pays le favorisent à leur détriment, comme
le montre le cas français.
Dans La République et l'islam: Entre crainte et aveuglement
(Gallimard),
Michèle Tribalat et Jeanne-Hélène Kaltenbach
se penchent sur la politique menée en France à l'égard
des comportements et revendications de certains musulmans.
Ce travail d'enquête qui fourmille d'exemples et de découvertes
montre que l'Etat a, de fait, déjà concédé
à l'islam ce qu'il avait interdit au catholicisme, au protestantisme
et au judaïsme.
Les auteurs se sont aussi appliquées à lire et à
écouter les leaders présentés comme «modérés»
et associés à la consultation officielle organisée
par le ministère de l'Intérieur. Elles en concluent que «le
désir d'appliquer la charia en France ressort aussi bien des propos
de certains leaders d'opinion musulmans dits modérés que
de ceux qui seraient de tendance islamiste, la différence résidant
essentiellement dans le ton». Ces leaders prétendent représenter
tous les «musulmans de France».
Mais qu'entend-on par «musulman de France»? Première
confusion, leur nombre est systématiquement gonflé dans une
vision archaïque du religieux: toute personne, française ou
pas, issue de l'immigration maghrébine est considérée
a priori comme musulmane, alors que l'on sait par exemple que plus de la
moitié des immigrés nés en Algérie déclarent
ne pas avoir de religion ou ne pas pratiquer. «A l'évidence,
les chiffres qui sont donnés reposent sur un compte islamique faisant
fi de la liberté de conscience, de la liberté de changer
de religion et de l'éventail possible des pratiques. Il va de soi
que l'on naît musulman et que l'on ne peut que mourir de même»,
notent Michèle Tribalat et Jeanne-Hélène Kaltenbach,
en précisant qu'il ne s'agit pas d'une figure de style: le consulat
marocain de Bordeaux s'est opposé récemment à la volonté
de se faire incinérer d'un citoyen français d'origine
marocaine et les pouvoirs publics ont cédé devant cette logique
communautaire qui veut que l'individu ne s'appartienne pas mais relève
d'une tribu statuant contre ses croyances personnelles.
Tout comme le ministère de l'Intérieur a cédé
à certaines organisations musulmanes en retirant du texte de sa
consultation officielle la mention au droit de changer de religion...
Le flou des chiffres s'accompagne du flou des notions. Les deux auteurs
montrent comment l' «insertion» a remplacé l'«assimilation»,
cassant une machine à intégrer qui a pourtant produit la
France actuelle, où «le cinquième de la population
est issu de vagues d'immigration dont les descendants sont aujourd'hui
des Français comme les autres». Une inversion s'est donc produite
pour la dernière vague, d'origine musulmane, parce que l'on a pris
au mot ceux qui disent la représenter: l'islam ne serait pas conciliable
avec la laïcité française, et c'est à cette dernière
d'évoluer pour accueillir ses particularités. L'assimilation
est dénoncée comme une oppression et, au lieu d'initier les
nouveaux Français aux règles minimales communes, il s'agit
désormais de sensibiliser les anciens aux valeurs identitaires de
l'islam.
Les auteurs de La République et l'islam concluent que l' «on
peut donc changer subrepticement de modèle politique sans changer
la loi ni engager un débat national»: «Les élus
se sont défaussés sur les experts des plus hautes instances
juridictionnelles pour infléchir de façon décisive
le modèle politique français.» Ce fut l'œuvre du Haut
Conseil à l'intégration et surtout du Conseil d'Etat, dont
l'inventivité en matière de droit positif est allée
jusqu'à reconnaître un droit ethnique à la polygamie.
Les politiques, de droite comme de gauche, ont laissé le Conseil
d'Etat supprimer le principe de neutralité religieuse à l'école
en théorisant l'obsolescence d'une «première conception
de la laïcité» au profit d'une «seconde conception»,
qui «implique le respect de la différence». «Nous
travaillons à ce que la notion de communauté soit reconnue
par la République»
Différence de règles réclamée ouvertement
par certains représentants religieux «modérés»
comme Amar Lasfar, imam de la mosquée de Lille-Sud et président
de la Ligue islamique du Nord:
«Dans l'islam, la notion de citoyenneté n'existe pas,
mais celle de communauté est très importante, car reconnaître
une communauté, c'est reconnaître les lois qui la régissent.
Nous travaillons à ce que la notion de communauté soit reconnue
par la République.»
Michèle Tribalat et Jeanne-Hélène Kaltenbach recensent
de nombreux domaines où la règle commune ne s'applique déjà
plus. Elles ont fait des découvertes à propos de financements
publics illégaux de mosquées: la loi de 1905 qui s'applique
aux cultes, exigeante et contraignante, est régulièrement
violée au profit d'un détournement de la loi de 1901, comme
à Rennes.
Ce traitement différentiel aboutit à une «mise
entre parenthèses de nos propres valeurs».
Deux questions paraissent centrales: la laïcité et l'égalité des femmes.
Depuis que le Conseil d'Etat a considéré l'école
comme un lieu public ordinaire, avec droit de manifestation religieuse,
la laïcité, conçue comme un principe de neutralité
permettant la vie en commun, est ravalée au rang d'une croyance
parmi d'autres. Ce qui fait écrire à un journaliste du Monde
que «les collégiens et lycéens de confession musulmane
ont une conception plus ouverte de la laïcité que leurs camarades
non musulmans, parce qu'ils sont plus favorables à l'introduction
de cours de religion et de signes religieux à l'école».
C'est la thématique en vogue de la «nouvelle laïcité»,
«ouverte», «plurielle», qui doit clore ce que le
penseur musulman Tariq Ramadan qualifie d' «étape de la tradition
française» - la séparation du religieux et de l'Etat
- pour s'adapter à l'islam, qui, «dans son essence»,
«marie la sphère privée et la sphère publique».
La question féminine est le point crucial de la confrontation
entre l'islam et l'Occident: contraint d'accepter, sur de nombreux fronts,
la modernisation, l'islam en a fait une question résiduelle de résistance
identitaire, comme le montre bien Bernard Lewis à propos de l'asymétrie
des transformations vestimentaires au Moyen-Orient. Or, selon lui, le «sexisme
musulman» n'est pas étranger aux difficultés de ces
pays:
«La relégation des femmes à un statut d'infériorité
non seulement prive le monde musulman des talents et des énergies
de la moitié de sa population, mais encore confie l'éducation,
à un âge crucial, de l'autre moitié à des mères
analphabètes et opprimées. Une telle éducation, a-t-on
dit, produit des individus arrogants ou soumis, en tout cas inaptes à
la vie dans une société libre et ouverte.»
La soumission des femmes n'est pourtant pas une fatalité musulmane:
il n'y a pas si longtemps, la charia reléguait dans la même
sous-humanité les esclaves, les non-musulmans et les femmes. «Abolir
l'esclavage relevait quasiment de l'inconcevable. Interdire ce que Dieu
permet est un crime presque aussi grand que de permettre ce qu'Il interdit»,
précise Bernard Lewis. Or l'islam l'a fait. Et, concernant la femme,
quelques pays de l'aire musulmane ne tolèrent déjà
plus ce qu'accepte la France.
Stratégie de surenchère «La femme n'est pas une
question, mais la question», estiment aussi Michèle Tribalat
et Jeanne-Hélène Kaltenbach, qui s'interrogent sur ce curieux
apartheid fondé sur la soumission des femmes au nom de la différence
au sein d'une société politico-médiatique française
obsédée par l'égalité féminine. Reprenant
l'affaire du voile, elles montrent qu'il relevait bien d'une stratégie
délibérée des fondamentalistes et décrivent,
une fois leur victoire accomplie, leur stratégie de surenchère
(refus de cours d'éducation physique, de piscine, contestation de
certains programmes, nourriture communautaire) avec, au sein de l'école,
pression et intimidation sur les «tièdes».
L'association d'étudiants musulmans Unir, élue au conseil
de l'université Paris XIII, met ainsi aujourd'hui en cause la légitimité,
pour un «professeur de culture occidentale», de juger le travail
d'un étudiant musulman. Cet apartheid revendiqué reçoit
d'ailleurs le chaud soutien de l'extrême droite, comme le résume
l'hebdomadaire nationaliste Rivarol: «Mieux vaut des mahométanes
en tchador, ce qui évite ou, à tout le moins, limite le métissage.»
Sur cette question, Michèle Tribalat et Jeanne-Hélène
Kaltenbach relèvent que le nombre de mariages forcés augmente,
frappant dans l'indifférence des dizaines de milliers de jeunes
Françaises, et que, dans certains quartiers ou certains établissements,
un nouveau code vestimentaire s'installe:
«Si la dissimulation totale du corps féminin représente
le comble de la pudeur, il ne faut pas être grand clerc pour imaginer
l'appréciation qu'un jeune musulman peut porter sur une jeune fille
coquette, en jupe et en talons! Est-ce un hasard si les jeux de la séduction,
qui constituent une forme de civilité, se raréfient dans
nos banlieues au profit des viols en bandes organisées?»
Ces revendications différentialistes ont donc déjà des effets. C'est ce que montrent à propos de l'école Les Territoires perdus de la République (Fayard-Mille et Une Nuits), recueil de témoignages d'enseignants sur la montée du sexisme, de l'antisémitisme, de la francophobie et du racisme à l'école (lire les extraits). Les mêmes propos provoquent scandales et manchettes des gazettes quand ils sortent de la bouche d'un nazillon, mais silence et désintérêt quand ils émanent d'un jeune Français qui se proclame musulman. Les raisons de ce strabisme sont multiples: la mauvaise conscience coloniale et le fait de considérer qu'une victime ne peut qu'avoir raison et que toute rébellion, quel que soit son contenu, doit être saluée. C'est ce qui avait conduit, derrière Michel Foucault, une partie de la gauche radicale à s'enthousiasmer pour la révolution de Khomeini.
La tradition française d'aveuglement, qui s'est illustrée face au socialisme réel au détriment des dissidents, se reproduit avec l'islam réel au détriment de ses réformateurs ou critiques, qu'il s'agisse de ceux d'hier, comme Mohammed Abdou, Qurrat al-Ayn ou Mansour Fahmy, dont on vient de rééditer la thèse courageuse, soutenue à la Sorbonne en 1913 (La Condition de la femme dans l'islam, Allia), ou de ceux d'aujourd'hui, tels Mohamed Charfi, Javad Tabatabai, Mohammed Harbi, Hanan el-Cheikh ou Abdelwahab Meddeb. Et, en France, c'est dans le plus grand silence que l'imam Amar Saïdi a été congédié de la mosquée de Rouen pour avoir célébré des mariages mixtes et prêché en français. «Nous avons désappris à nous battre contre les prétentions des religions à déborder de leur cadre spirituel»
Peu d'attention non plus pour les mises en garde du mufti de Marseille, Soheib Bencheikh, et Leïla Babès contre la consultation officielle du ministère de l'Intérieur, qui renforce le poids des fondamentalistes. Ni pour celles de Hanifa Cherifi dénonçant dans le voile un «mode de socialisation plus conforme à la société saoudienne qu'à la société française égalitaire». Et, quand le cheikh Tantaoui, imam d'al-Azhar, au Caire, rappelle aux musulmans de France qu'ils ont «le devoir de se conformer aux lois du pays où ils vivent» et qu'ils ont «le choix de s'y plier ou de quitter le pays», il se trouve un éditorialiste pour parler de propos «à connotation plus ou moins lepéniste».
D'où vient ce manque de solidarité avec les musulmans
qui luttent pour moderniser l'islam? «Nous avons désappris
de nous battre contre les prétentions des religions à déborder
de leur cadre spirituel. C'est la rançon de la paix religieuse que
nous devons précisément à la laïcité»,
estiment Michèle Tribalat et Jeanne-Hélène Kaltenbach.
Cette amnésie va loin, puisqu'elle nous conduit aujourd'hui
à placer au cœur du débat public l'interprétation
d'un texte religieux - le Coran permet-il ou non de faire ceci ou cela?
- comme si l'on avait déjà admis sa prééminence
sur les lois communes pour une partie de la population française
non concernée par la laïcité. C'est ce qui pousse Michèle
Tribalat et Jeanne-Hélène Kaltenbach à conclure que
l'universalisme n'est pas seulement attaqué: il n'est plus défendu.
Et qu'un relativisme s'installe petit à petit. Il y a des règles
pour les uns et des règles pour les autres. Des indignations à
géométrie variable. Libération, qui a tant fait pour
le combat antisexiste, dresse ainsi un portrait ému d'une «figure
de l'islam de France», le président de l'association Les Imams
de France, qui explique doctement que «la dominance masculine est
un invariant transculturel» qui repose sur «une différence
irréductible, le fameux chromosome Y». Et une publicité
de la firme laitière Candia sur la crème fraîche Babette
(«Je la lie, je la fouette») fut terrassée au terme
d'une impressionnante tempête médiatique et militante, avec
le renfort de la ministre des Droits des femmes, alors qu'une maison d'édition,
sise au cœur du Quartier latin, peut diffuser depuis dix ans un manuel
en français de bonne vie musulmane (Le Licite et l'illicite
en Islam, éd. Al Qalam) expliquant pourquoi et comment un bon
époux doit battre sa femme: «Avec la main», sans «fouet»
ni «morceau de bois». Et «en épargnant le visage».
Des profs face à l'islamisme
Extraits d'un livre.
Dans Les Territoires perdus de la République (Fayard-Mille et Une Nuits), Emmanuel Brenner donne la parole à plusieurs enseignants confrontés aux propos d'élèves s'affirmant comme musulmans.
Extraits choisis C'est lors de stages de formation que des professeurs de l'enseignement secondaire s'aperçurent qu'ils vivaient depuis quelques années la même expérience: la quasi-impossibilité, dans certains établissements, de faire aujourd'hui cours sur la guerre d'Algérie, l'affaire Dreyfus, l'extermination des juifs, les religions, ou la difficulté d'être simplement femme enseignante, face à des élèves se revendiquant comme musulmans et assumant racisme, antisémitisme et sexisme. L'institution scolaire (principaux, inspecteurs, recteurs, etc.) s'efforce d'étouffer ou de minimiser des incidents devenus routiniers, laissant les enseignants seuls avec cette question taboue. Considérant que «refuser de voir et de nommer un péril ne l'a jamais fait reculer», Emmanuel Brenner a convaincu certains d'entre eux d'en témoigner dans un livre - Les Territoires perdus de la République - à paraître le 19 septembre aux éditions Fayard-Mille et Une Nuits et dont nous publions des extraits.
Témoignages de professeurs du Val-d'Oise rassemblés par Arlette Corvarola, proviseur
Mlle Y., jeune professeur d'histoire-géo, qui a d'excellents rapports avec une classe de terminale STT (sciences et techniques du tertiaire), dans laquelle les élèves musulmans sont nombreux: «Quand j'ai abordé la partie du programme qui traite de la période du nazisme et de la déportation, plusieurs d'entre eux m'ont déclaré, en toute innocence, comme s'ils rectifiaient, de bonne foi, des erreurs de mon cours: - Mais non, madame, tout cela, c'est faux, vous, vous répétez ce qu'il y a dans les livres d'histoire, mais vous vous trompez!... Nous, on sait. Cela a été inventé par les juifs riches après la guerre, mais on a lu d'autres livres qui expliquent la vérité!... - De quels livres est-ce que vous parlez? leur ai-je demandé, sidérée. - Ben, on nous les a prêtés, des gens qui savent où on peut les trouver parce que, justement, c'est des livres interdits que les juifs ne veulent pas laisser vendre, vous comprenez!...» (...)
M. Z., professeur d'histoire, était excédé et ne supportait plus l'ambiance de sa classe. Dégoûté, se sentant impuissant devant cette haine brutale, il a préféré, radicalement, renoncer à certains chapitres du cours d'histoire, pour ne plus susciter ces réactions d'antisémitisme primaire. Emporté par son élan, il n'hésite pas à me confier ce que lui ont rapporté d'autres collègues, plus âgés, peut-être moins spontanés, plus gênés pour oser m'avouer leurs difficultés.
M. T., historien, professeur expérimenté, presque en fin de carrière, reconnaît avec résignation et tristesse que les «critiques violentes sur le christianisme et le judaïsme, de la part de plusieurs élèves d'origine maghrébine, [l']ont contraint à aborder très brièvement et succinctement le chapitre sur les religions»... Quant à l'islam, il n'en parle désormais qu'avec beaucoup de précautions oratoires et en surveillant avec inquiétude les réactions de ses élèves! (...)
Mme S., historienne, a vécu un moment très pénible avec l'affaire Dreyfus, s'entendant reprocher de présenter les faits avec trop de parti pris favorable à ce Dreyfus qui, selon certains élèves, était «un juif malin qui méritait bien de finir au bagne!». La montée de l'intégrisme islamique est le plus grave danger que j'aie pu observer au cours de ma carrière. Je suis étonnée et déçue par le manque de réaction, de mobilisation des divers personnels de l'Education nationale, quelles que soient leurs fonctions. (...) L'indulgence des éducateurs que nous sommes, devant ces comportements, me semble malsaine: elle est suscitée autant par la peur de la violence et du conflit que par la crainte de passer pour raciste (notamment «antiarabe»), ce qui horrifie, et à juste raison, les générations contemporaines ou héritières de la colonisation française en Afrique du Nord. Un sentiment profond de culpabilité fait fustiger la responsabilité des colons français, nos pères ou nos grands-pères, qui maintenaient dans un état de servilité - dit-on - ces populations musulmanes. Si le «raciste» est en nous, par essence, on ne peut qu'adopter désormais un profil bas pour se faire pardonner le poids de ce passé. Du coup, reprocher à ces enfants et petits-enfants de victimes leur antisémitisme, leur antiaméricanisme primaire, s'insurger contre leur volonté de maintenir les femmes dans une condition soumise, leur demander, en un mot, de respecter la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen comme les principes de la laïcité à l'école serait sans doute manifester à leur égard de nouvelles marques de racisme! (...)
Du rôle ambigu de certains surveillants
Au cours de l'année 2000-2001, dans cet établissement des Hauts-de-Seine, la présence de deux surveillants d'origine maghrébine a considérablement miné le travail éducatif mené par l'administration et les professeurs. Ces deux jeunes étudiants recrutés par le rectorat se sont révélés être des activistes politiques et religieux particulièrement performants. Au fil de l'année, l'un d'eux adopta même dans ses choix vestimentaires des signes qui ne laissaient aucun doute sur ses opinions: longue tunique blanche, barbiche islamiste, petit calot en crochet blanc sur la tête. Cet individu exerçait sur les «caïds en herbe» du collège d'origine maghrébine une véritable fascination, car il développait à leur égard un discours rigoriste (pas d'alcool, pas de drogues, pas de sexe), la «vie mode d'emploi» des militants islamistes d'obédience wahhabite, qui habillent leur projet politique d'un discours social à prétention moraliste et pseudo-religieux. Seules quelques jeunes beurettes ont exprimé clairement leur rejet de cette propagande. En effet, certaines d'entre elles se sont plaintes auprès des médiateurs (trois emplois-jeunes recrutés par le chef d'établissement pour un CDD de cinq ans) et de certaines enseignantes d'origine maghrébine: selon elles, ce surveillant les harcelait psychologiquement en condamnant leurs vêtements et leur comportement, jugés trop occidentalisés pour de jeunes musulmanes dignes de ce nom...
Antisémitisme d'élèves de collège à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)
Enseignant depuis quelques années en Seine-Saint-Denis, et plus particulièrement à Saint-Denis, j'ai pu, maintes fois, constater un antisémitisme souvent présent, parfois virulent, de la part d'élèves issus majoritairement de l'immigration maghrébine (...). Cet antisémitisme peut prendre plusieurs formes. (...) La première manifestation est, oserais-je dire, classique, c'est-à-dire que ces élèves reprennent les lieux communs de l'antisémitisme traditionnel. (...) Une deuxième forme de l'antisémitisme est à rapprocher, semble-t-il, des événements du 11 septembre 2001, du conflit au Proche-Orient, mais également d'une rhétorique islamiste radicale qui trouve écho chez certains élèves. Cette forme est beaucoup plus politique, dans le sens où elle s'inscrit dans un discours précis et construit que certains élèves ont adopté et commencent à maîtriser, pouvant argumenter au cours d'un échange de propos (…). Le mercredi 12 septembre, remontant de la récréation à 10 h 35, avec une classe de troisième, nous sommes passés, dans la cage de l'un des escaliers qui mènent aux salles de classe, devant deux inscriptions, l'une à côté de l'autre: sur la première, où l'on voyait un avion s'écraser sur une tour en flammes, on lisait «Mort aux USA»; la seconde, accompagnée d'une croix gammée, affirmait «Mort aux juifs». Ce discours illustre la perception, la compréhension et l'intégration d'un discours souvent repris dans certains milieux. (...) D'une manière plus détournée, un enfant de sixième, alors que nous travaillions sur les Hébreux, précisa que cette affirmation venait de son père: «Il y aura une guerre finale entre les musulmans et les juifs, et les juifs seront détruits: c'est marqué dans le Coran.» (...) Ces élèves sont souvent les premiers à crier au racisme, notamment parfois contre des enseignants qui les ont mal notés ou encore contre certains hommes politiques dont ils connaissent les noms, voire contre la société tout entière. Toutefois, ils sont incapables de percevoir du racisme dans leur discours, ils sont incapables d'objectiver leurs propos et leur pensée. (...) Le premier de mes soucis fut de leur faire comprendre que l'antisémitisme et le racisme ne sont pas des opinions, mais des délits, sanctionnés par la loi. Combien de fois ai-je entendu des affirmations telles que: «J'ai le droit de dire ce que je veux», ou bien encore: «On a le droit d'être antijuif, non?»!
«Vraie musulmane»
«Joëlle? C'est quoi, ce prénom
de catholique, de juive? T'es africaine, t'es
musulmane et tu t'appelles Joëlle? Cela
ne se fait pas! Tu n'es pas une vraie musulmane!»
Les enseignantes s'inquiètent de l'émergence
du modèle de la «vraie musulmane»; elles
ont remarqué que cette expression revenait dans
les conversations des filles. L'une d'elles rapporte
des paroles qui l'ont incitée à être plus attentive
à la tenue vestimentaire des filles: «Sabrina, ce
n'est pas une vraie musulmane: elle s'habille de façon
provocante...» Quand on les interroge, les filles répondent
qu'être provocante, c'est «montrer des choses
de son corps» et qu' «une vraie musulmane ne
doit pas copier la mode des autres».
Le Nouvel Observateur 21 septembre 2002:
Taslima Nasreen:
Toujours menacée de mort par les groupes fondamentalistes de son pays, l'écrivain réagit à l'interdiction de son dernier livre
L'écrivain bangladaise Taslima Nasreen, âgée de 40 ans, militante des droits de la femme, vit en exil depuis que les autorités ont jugé blasphématoire envers l'islam son premier livre, « Lajja » (« la Honte » [Stock, 1994]). Dernier ouvrage : « Utal Hawa » (« Rafale de vent »).
Oui, le gouvernement du Bangladesh a interdit mon livre « Utal Hawa », le deuxième tome de mon autobiographie, qui fait suite à « Enfance au féminin ». La publication, la vente, la distribution et la possession de ce livre sont interdites au Bangladesh. Le gouvernement du Bangladesh a interdit en tout trois de mes livres. Et pour les avoir écrits, j'ai vu d'autres de mes livres détruits par autodafé, plusieurs procès m'ont été intentés, à la fois par le gouvernement et par les fondamentalistes, sous le chef d'avoir heurté les sentiments religieux du peuple. Mon nouveau livre a été interdit sous prétexte qu'il contient des sentiments anti-islamiques susceptibles de contrarier la majorité musulmane, d'entraîner des tensions religieuses et de troubler l'harmonie sociopolitique.
En réalité, il n'existe aucune harmonie sociopolitique dans mon pays. Si tant est qu'il en ait jamais existé une, les terroristes politiques et religieux l'ont détruite. Les criminels fleurissent, des femmes sont violées, certaines se suicident. Des milliers d'entre elles sont battues et lapidées à mort.
Depuis que la religion est devenue la force motrice de la construction nationale, la torture ne cesse de se développer. Les fondamentalistes ont détruit toute bonne intelligence entre les individus. Si aucune critique ne s'élève contre cette situation, plus personne chez nous ne pensera juste. Les sentiments religieux vont faire prendre à la nation des années de retard dans tous les domaines.
Je ne qualifie pas de civilisé un pays où la liberté d'expression n'est pas respectée. Ce qu'offre le Bangladesh en fait de démocratie est une farce. Cela n'a rien à voir avec la démocratie. Des politiciens élus agissent en dictateurs, mais ce n'est pas nouveau pour le Bangladesh. Cela dure depuis l'indépendance en 1971. Divers partis politiques utilisent la religion comme un pion pour engranger des votes. La religion est le meilleur outil pour tromper les illettrés, les ignorants et les pauvres. Il faut critiquer l'islam, surtout dans les pays islamiques. C'est un acte utile pour ceux qui vivent dans ces pays.
Sous l'islam, ni la démocratie, ni les droits de l'homme, ni les droits des femmes, ni la liberté d'expression ne peuvent survivre. Ce dont les pays islamiques ont le plus besoin, c'est d'introduire la laïcité, d'abolir d'urgence les lois islamiques pour sauver les femmes. Sous l'islam, les femmes sont juste considérées comme des esclaves et des objets sexuels, aucune ne peut obtenir le droit de vivre comme un être humain. Si vous voulez réellement du bien aux pays islamiques, vous devez combattre l'islam.
Certains Occidentaux font l'apologie de l'islam, expriment leur sympathie
envers lui et soutiennent les fondamentalistes islamiques au nom du libéralisme.
Ils soutiennent même l'oppression islamique contre les femmes
au nom du multi-culturalisme. Ce sont eux les véritables ennemis
des pays islamiques. En réalité, il n'y a aucune différence
entre l'islam et le fondamentalisme islamique. Les fondamentalistes appliquent
le véritable islam. Les pays islamiques qui utilisent l'islam comme
force motrice vont prendre un retard définitif par rapport à
l'histoire moderne. On entend beaucoup parler de conflit entre l'Occident
et l'Islam. Je ne suis pas de cet avis. En réalité, il y
a un conflit entre laïcité et fondamentalisme, entre modernité
et antimodernisme, entre innovation et tradition, entre esprit logique
rationnel et foi aveugle irrationnelle, entre passé et futur. Il
y a conflit entre ceux qui aiment la liberté et ceux qui ne l'aiment
pas. La question qui se pose aujourd'hui est de savoir comment résoudre
ce conflit. Par des bombardements ? Non. Je ne crois pas dans les bombes.
Pour éradiquer le fondamentalisme de la société, la meilleure arme est l'éducation, surtout l'éducation laïque. Il faut que la civilisation l'emporte, avec la laïcité et l'humanisme comme forces motrices pour construire une société. N'oublions pas que le terrorisme d'Etat est beaucoup plus dangereux que le terrorisme individuel ou de groupe. J'espère que nous ne lui laisserons pas la moindre chance de détruire le genre humain. Certes il existe des ignorants, mais il ne faut pas pour autant les tuer. Dans mon livre, je raconte que j'ai été élevée dans une famille musulmane, avant de devenir sceptique puis athée. J'ai souvent parlé de la vie scandaleuse du prophète Mahomet, considéré comme un saint par ses fidèles, prêts à mourir pour le suivre. J'ai dû affronter mes amis docteurs, à la faculté de médecine et dans les hôpitaux, qui continuaient à aller prier à la mosquée. Eux qui étudiaient les sciences, comment pouvaient-ils croire une histoire de religion aussi absurde ! Certes, l'interdiction de mon livre est une décision du gouvernement, mais je m'étonne qu'il n'y ait personne dans mon pays pour dire : « Je hais vos idées, mais je me ferais tuer pour que vous ayez le droit de les exprimer. » Je n'ose rêver d'un Voltaire dans mon pays, mais au moins une petite phrase de quelqu'un, aussi modeste soit-il, ce serait déjà si exceptionnel ! Il faut y voir un des signes montrant bien que l'islamisation a déjà fait taire ou bloqué tous les esprits.
Retour au sommaire.