L'Etat n'a pas le droit de subventionner l'école du mensonge
(A. Lorulot, président de la Libre Pensée, 1950)
La cléricalisation sournoise de l'enseignement public.
Les programmes officiels de 1996 pour l'Histoire en 6ième présentent la Bible comme un "document historique majeur", les hébreux comme "le peuple de la Bible", Jésus comme un personnage historique (alors que son existence est plus que douteuse), les "Evangiles comme la source essentielle des croyances chrétiennes" ce qui est faux puisque la religion chrétienne a été définie aux III-IVièmes siècles par les "pères de l'Eglise" et non par les Evangiles. Le "Nouveau Testament" est présenté comme un document alors que c'est une compilation tardive à partir de sources esseniennes. (Voir les livres de G. Fau et R. Vaneigem cités dans ma bibliographie.) Les manuels écrivent froidement : "Jésus fait des miracles" sans guillemets, et "Le dimanche, jour où le Christ est ressuscité, les chrétiens se réunissent pour chanter." comme si la résurrection était un fait historique. (La Raison, no 416, dossier de 8 pages: "Histoire ou catéchèse?")
A Besançon, un projet d'action éducative (5ième d'un collège public) intitulé "L'étoile, la croix, le croissant", a pour objectif de démontrer que "tout le monde a le même dieu". On a fait visiter par les élèves diverses églises, temples, synagogues et mosquées et chanter : "Que nous portions la croix, l'étoile ou le croissant, chrétiens, juifs, musulmans, soyons plus tolérants, c'est le même dieu que nous prions, quel que soit notre prophète ou notre religion." Le principal a écrit: "C'est bien un acte de civisme que les élèves de cinquième du collège ont réalisé." Voici comment l'enseignement des religions est élevé au rang d'acte de civisme, et comment le bourrage de crâne religieux s'infiltre dans l'enseignement secondaire! Force Ouvrière est le seul syndicat ayant protesté contre cette remise en cause de la laïcité. (La Raison, no 418, février 1997, p. 4)
La Libre Pensée du Rhône a organisé un colloque en 1998 sur les nouveaux programmes d'enseignement au collège et au lycée. Je recommande le compte-rendu sous-titré:
L'offensive cléricale contre les fondements scientifiques en Histoire Géographie. (Octobre 1998, prix 40F, 36p., BP 3055, F- 69 394 Lyon Cedex 3). Entre autres choses, sont analysées et dénoncées, l'entrée sournoise des religions dans l'enseignement, sans recul critique, et avec acceptation des dogmes catholiques, sur l'existence (non attestée) de Jésus-Christ, ses "miracles", sa "résurrection".
L'église catholique n'est montrée dans ces manuels que sous un jour positif en passant très vite sur les croisades, l'Inquisition, etc...
Les pays du tiers-monde sont présentés en insistant sur l'aide alimentaire, les ONG etc... et donc sur la charité, remède à la fatalité, en occultant l'exploitation économique et la domination politique.
La théologie musulmane à l'Université de Strasbourg. Un rapport propose la création d'un enseignement de théologie musulmane à l'Université de Strasbourg. (Il ne s'agit pas d'histoire de l'Islam, mais de formation d'imams et de mollahs!) Dans Le Monde du 3.12.1996, G. Kepel réagit ainsi: Il est favorable à un enseignement universitaire sur l'Islam, mais
"sa vocation [celle de l'université] n'est pas d'élaborer une quelconque vérité du dogme islamique - comme de tout autre dogme-, qui est du ressort des instances proprement religieuses. [...] Elle doit seulement fournir des savoirs à partir desquels tous les étudiants- y compris ceux qui voudraient devenir imams- détermineront leurs choix de conscience." Notons que H. Tincq qui interviewait G. Kepel semblait, de par la formulation de ses questions, favorable au projet .
Remarque: Il existe un DEUG de Théologie (Options: catholique, protestante) et des Licences et Maîtrises de Théologie catholique et protestante. Ces enseignements sont effectués, en particulier, dans les universités publiques (concordataires) de Metz et de Strasbourg.
Je proteste contre cette terminologie, reconnue par le Ministère de l'Education Nationale, qui met les religions sur le même plan que les enseignements sérieux. Pourquoi pas un DEUG de "sciences occultes", dans le but de créer des emplois de voyantes?
Il est question de créer un CAPES d'enseignement des religions, en Alsace-Moselle, "pour régler le problème de la précarité des enseignants de religions" dans ces départements! Les enseignants "remerciés" de maths et de français vont apprécier, et les astrologues au chômage (s'il y en a) vont se réjouir car leur tour viendra!
Ce projet, en soi scandaleux, présente des difficultés techniques, car les catholiques et les protestants sont en désaccord sur le contenu à enseigner: l'église catholique est favorable à l'enseignement des textes fondamentaux, c'est à dire à faire du catéchisme, alors que les protestants sont pour un programme axé sur l'histoire des religions. D'autre part, l'église catholique veut un droit de regard sur la nommination des enseignants. Cela nous ramènerait à l'époque de la loi Falloux, lorsque les clergés contrôlaient les enseignants!
Sur le fichage informatique des religions des élèves.
Un décret et un arrêté pris le 22.9.1995 prévoient que le fichier central du ministère nommé "Scolarité" comporte la mention des cours de religions suivis par les élèves d'Alsace-Moselle.
La Libre-Pensée des Vosges conduit une action contre le CAPES d'enseignement religieux et contre le fichage informatique des religions des élèves d'Alsace-Moselle. (Sources: La Raison, revue de la
Libre Pensée, nos 413 et 420).
Pétition adressée au préfet du Rhône pour faire annuler 90 MF de subventions publiques à la Faculté catholique de Lyon.
La réévangélisation à coups de bâtons.
Par la grâce du cardinal Lustiger, les élèves d'une école privée parisienne risquent de se retrouver à la rue. Propriétaire des locaux utilisés par le lycée de la Plaine-Monceau, l'archevêque de Paris menace de résilier le bail de location si l'établissement ne fait pas allégeance sans conditions à l'enseignement catholique.
L'autre Jean-Marie veut imposer sa bonne parole à une école privée laïque.
Ce lycée spécialisé dans l'économie sociale et familiale fonctionnait pourtant sans histoire depuis des lustres et dans la plus parfaite neutralité religieuse. Tout a changé voilà quelques mois quand Lustiger et son directeur diocésain de l'enseignement catholique, le chanoine Ph. Breton, se sont mis en tête de mettre au pas ecclésiastique cet établissement hors norme.
Pour ce faire, ils ont exhumé un article - jamais appliqué jusqu'à présent - du bail de location qui prévoit un droit de regard de l'archevêché sur le fonctionnement de l'école. A ce titre, le chanoine
Breton a mis en demeure les administrateurs d'accepter la présence parmi eux de deux représentants de l'Eglise, inamovibles et disposant d'un droit de veto permanent. Sinon, dehors... (D'après Le Canard Enchaîné, 17 mars 1999)
Sur l'utilisation des crédits alloués à l'enseignement religieux:
Un article du Nouvel Observateur (no 1629 du 25.1.1996 + rectificatif dans le numéro suivant) cite le cas du collège catholique du Paraclet en Seine-et-Marne dont le directeur truquait les emplois du temps, gonflait les effectifs, "créait des postes" pour embaucher 5 personnes de sa famille, se livrait à des violences sur les enseignants et les élèves.
Ce directeur était "interdit de direction d'établissement scolaire" à cause d'une autre affaire. L'article conclut en faisant observer qu'il n'y a (à titre d'exemple) dans l'Académie de Paris que 2 inspecteurs de la vie scolaire pour s'assurer du financement de 229 établissements publics et de 140 établissements privés sous contrat.
Sur le montant des subventions à l'enseignement privé.
Recherche scientifique ou théologie?
Le comité d'éthique pour les sciences du CNRS.
Dans la Revue de presse du Journal du CNRS de septembre 1994, on peut lire sous le titre "Contre toutes les manipulations" : Toute recherche, tout savoir finit par se heurter à un obstacle majeur: les limites de la science. Là, surgissent les problèmes éthiques. Jusqu'où le chercheur peut-il aller? Et cela concerne toutes les sciences qui ont à faire avec l'homme, la connaissance de soi, connaissance de l'autre, j'ose dire connaissance de Dieu, et surtout la connaissance de la nature. Ces lignes sont de H. Arhweiller, présidente du comité d'éthique du CNRS, publiées dans La Croix du 12.7.1994. On appréciera que les limites de la science (avec un petit "s") soient limitées par la connaissance de Dieu (avec un grand "D" et sans guillemets).
On peut limiter les procédures expériementales mais certainement pas "la science" ni le désir de chercher, même si ça doit déplaire aux théologiens.
L'article de La Croix précise sur la composition du comité: Ce ne sont pas obligatoirement des chercheurs, mais il faut des gens compétents dans un domaine pouvant donner lieu à débats, intéressés par les questions d'éthique, et dont la parole est écoutée. Des théologiens sans doute!
Le colloque "Sciences et Citoyens" de 1996.
Le Journal du CNRS no 84 de décembre 1996 rend compte du colloque "Sciences et Citoyens" de novembre 1996. Les 2 pages et demies intitulées: Une morale sans gènes, la biologie peut-elle expliquer la société? expliquent que: la dualité inextricable de notre héritage génétique et culturel rend impossible, voire dangereuse, toute conclusion sur le fondement strictement biologique de notre société. Il y est discuté de l'avantage sélectif offert par la vie en société (insectes, oiseaux, mammifères), précisé que la sociobiologie ne peut pas tout, et que même si les races humaines avaient une existence biologique, cela n'en justifierait pas pour autant le racisme. D'accord avec tout cela. Mais en complément, on trouve une "opinion" de J. Arnoult, théologien, qui rappelle en préambule que le pape n'a pas réhabilité Darwin mais seulement pris acte du fait de l'évolution, et cherche ensuite à "confirmer" voire à dépasser les idées développées dans l'article principal par des textes dits "sacrés". Bref, un sermon qui n'a rien à faire dans une revue scientifique.
Un chercheur a vivement réagi; sa lettre est reproduite dans le numéro 87 de mars 1997. E. Morin (président du colloque) y répond en écrivant : Cette opinion aurait pu, certes, ne pas être publiée, mais sa publication est à mes yeux anodine. et P.H. Gouyon, coordonnateur de la table-ronde sur la sociobiologie écrit: Il me semble essentiel de comprendre comment un théologien peut percevoir la vision que les scientifiques développent au sujet de la biosphère, de son écologie et de son évolution. [...] nous devons tenter de comprendre comment ces connaissances peuvent interagir avec la foi de nos contemporains.
Ces réponses sont visiblement embarrassées. Ainsi l'opinion de J. Arnoult n'a pas été placée comme complément à l'article principal, mais comme matériaux d'étude pour une recherche sur le thème: "La perception des travaux scientifiques par les religieux." Je ne vois pas pourquoi les scientifiques devraient se préoccuper de la façon dont les théologiens comprennent (ou pas) leurs travaux!
La théologie dans La Recherche
Dans La Recherche no 296 (mars 1997), le même J. Arnoult commet un article de 5 pages particulièrement vaseux intitulé: La conspiration du hasard et des contraintes. Le but des 4 premières pages est probablement d'endormir le lecteur pour qu'il avale sans broncher la conclusion:
"La conspiration du hasard et des contraintes contraint l'esprit humain à admettre qu'une finalité peut exister en dehors de celle qu'il prétend créer et imposer au sein de la réalité vivante."
Comme tout texte de théologie, cet article est truffé de citations, très souvent longues et pas vraiment utiles, tirées des écrits de Claude Bernard, Darwin, Kimura, Gould et d'autres, et placées là comme caution scientifique. Exemple d'argument:
"Il ne faut pas oublier que Darwin fonde la théorie présentée dans De l'origine des espèces sur une réflexion à propos de la sélection pratiquée par les éleveurs." Et alors? Qu'est ce que l'intuition origielle de Darwin a à voir avec la théorie qui en résulte? "Dieu" cumulerait les rôles de "Grand Eleveur" et de "Grand Horloger"! La théologie s'avance masquée, et ne se découvre qu'à la fin. Autre exemple:
"Les causes ne peuvent pas être appréhendées de manière linéaire mais plutôt circulaire." Les causes circulaires, c'est la négation de la causalité, travail de sape préparant la conclusion. Encore un autre:
"Les divers niveaux d'intégration du vivant, les variations et la sélection sont effectivement articulés, selon une hiérarchie et une finalité de fait." Une organisation peut être factuelle (les cristaux en sont un exemple); mais une finalité repose par définition sur une intention. Qu'est ce qu'une finalité de fait? Quel en est le promoteur? La réponse est dans la conclusion:
"... l'esprit humain [est contraint] à admettre qu'une finalité peut exister en dehors de celle qu'il prétend créer..." Ça sent fort la preuve de l'existence de "Dieu" qui n'ose pas s'afficher comme telle. Une preuve honteuse!
Voir aussi
Charlie Hebdo du 11 juin 1997 sur les articles crypto-créationnistes publiés dans La Recherche , dont l'obscurantisme, digne de Planète , est plus sournois puisque camouflé (aux yeux des naïfs!) au milieu d'articles vraiment scientifiques.
L'association "Pour Darwin" et l'Institut "Charles Darwin International".
Parmi les objectifs, je citerai:
- Enrayer par une information exacte du public les infiltratrions des thèses créationnistes ou néo-providentialistes dans des présentations inexactes ou tendancieuses de la biologie évolutive.
- Défendre le principe d'une science laïque dans son exercice et dans son enseignement.
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Mise à jour: 7 mars 1999