Le Kansas, état obscurantiste.


12 août 1999 (AFP) - La décision du conseil de l'éducation du Kansas de supprimer toute référence à la théorie darwinienne sur l'évolution des espèces dans les futurs programmes d'examens scolaires constitue une nouvelle victoire pour les fondamentalistes chrétiens, tenants du créationnisme biblique.

Le nouveau programme adopté jeudi à une courte majorité touchera toutes les écoles publiques, de la maternelle jusqu'à la fin des études secondaires, dès la rentrée 2000. Il ne fait pratiquement
plus aucune mention des concepts liés à la théorie de l'évolution de Charles Darwin (sélection naturelle, évolution des espèces) ni des origines ou de l'âge de l'Univers.

"Les 304 districts locaux sont désormais libres d'appliquer ou pas" ces nouveaux programmes, a précisé à l'AFP la présidente du conseil de l'éducation du Kansas, Linda Holloway.

Les opposants de la réforme craignent surtout que les districts et les écoles se sentent encouragés par ces nouvelles directives et suppriment la Théorie de l'Evolution des programmes d'enseignement. De même, instituteurs et professeurs vont se trouver sous pression pour ne plus l'enseigner si celle-ci n'est plus exigée pour les examens.

"Je suis stupéfait", a affirmé Greg Burg, professeur de biologie à l'Université du Kansas, basée à Lawrence. "Ils n'ont pas tenu compte du fait que la Théorie de l'Evolution constitue la
fondation de la biologie, sans parler d'autres disciplines telles que la géologie".

"Les élèves qui vont passer les examens d'entrée à l'université vont se trouver pénalisés", a-t-il souligné.

Avant le vote, les six présidents des universités du Kansas avaient imploré le conseil de ne pas "renvoyer le Kansas un siècle en arrière et forcer les professeurs de science à aller travailler
ailleurs". Ignorant également les mises en garde du gouverneur républicain du Kansas, Bill Graves, le conseil de l'éducation a cédé aux pressions des groupes religieux, qui se sont félicités de cette victoire.

"C'est un important pas en avant pour produire de bons élèves, de bons penseurs et de bons scientifiques", s'est réjoui John Morris, président de l'Institut de la "Recherche" sur la "Création", basé en Californie.

Depuis des années, les fondamentalistes chrétiens font pression pour que le créationnisme, théorie de l'origine du monde fondée sur une interprétation littérale de la Bible, soit enseigné dans les écoles, une position qui trouve un terreau favorable dans la population.

Dans un récent sondage, 44% des Américains disaient ainsi croire que "l'homme a été créé pratiquement dans sa forme actuelle en une seule fois au cours des 10.000 dernières années"; 40% affirmaient croire en une explication "théiste" des origines du monde, à savoir que Dieu a guidé l'évolution des espèces qui, sur des millions d'années, a abouti à l'Homo Sapiens; et, enfin, 10% déclaraient épouser une explication purement scientifique des origines de l'homme.

En 1968, la Cour Suprême avait estimé qu'une loi de l'Arkansas interdisant purement et simplement l'enseignement de la théorie de l'évolution était anticonstitutionnelle en vertu du Premier Amendement, qui stipule que l'éducation ne doit pas être assujettie aux principes de quelque confrérie religieuse.

En 1987, la Cour Suprême avait infligé une cinglante défaite aux créationnistes, en jugeant que la Louisiane ne pouvait obliger les écoles publiques à enseigner leur théorie. Depuis, ils mènent une stratégie plus feutrée de harcèlement. Ces quatre dernières années, les conseils de l'éducation d'au moins sept Etats (dont l'Alabama, l'Arizona, la Géorgie et le Nebraska) ont tenté avec plus ou moins de succès de gommer Darwin des programmes scolaires.

Dans l'Alabama, tous les manuels de biologie sont désormais recouverts d'un autocollant sur lequel on peut lire: "Personne n'était présent lorsque la vie est apparue. Par conséquent, toute affirmation sur les origines de la vie doit être considérée comme une théorie et non un fait établi".

[Au delà de la biologie, c'est tout la démarche scientifique qui est invalidée d'un trait de plume!]

B. Courcelle
Voir ICDI.