La France est-elle toujours laïque ?
C'est le titre d'un article du Monde de Odon Vallet qui observait: "C'est plus de 40 milliards de francs que l'Etat aura versé en 1996 à des organismes catholiques ou à des activités menées sous leur direction. Ce montant équivaut à près de 12% de l'impôt sur le revenu, soit un pourcentage supérieur à celui de l'Allemagne, où l'impôt ecclésiastique, officiellement reconnu, représente de 8 à 10 % de ce prélévement obligatiore."
Pourquoi ne pas lancer une campagne de refus de payer
12% d'impôts, comme font les militants anti-IVG? La Cour Européenne
des Droits de l'Homme de Strasbourg a estimé que "nul ne peut être
contraint à payer un impôt à caractère religieux
contre sa volonté" (Libération, 14.12.1990). Ne pourrait-on
pas s'appuyer sur cette décision?
("Laissez venir à moi le petit argent public", dessin paru dans "Europe & Laïcité" no 148; droits de reproduction réservés au journal.)
Les dangers de la laïcité "ouverte"
J. Robert, membre du Conseil Constitutionnel (!), écrit dans la
revue du corps préfectoral et des hauts-fonctionnaires Administration
161:
La République laïque, neutre, respectueuse
de toutes les opinions et croyances, garante de la liberté religieuse
et des cultes, ne peut sérieusement opposer aux mouvements religieux
- anciens ou nouveaux - qui prospèrent sur son sol que des prescriptions
tirées de l'ordre public.
Encore faut-il [...] que tous les mouvements religieux voient l'exercice
de leur culte égalitairement garanti. Or l'histoire n'a-t-elle pas
donné une place privilégiée à certaines religions
mieux aidées parce que depuis longtemps admises [...] A cet égard
ne devrait-on pas remplacer insensiblement une liberté des cultes
traditionnels, plus favorable, de fait, aux grandes religions révélées,
par une liberté des cultes de "compensation" qui tendrait à
aider davantage les cultes moins bien implantés? [...] A
une laïcité "négative", d'aucuns ne voudraient-ils point,
en effet, à l'heure actuelle, substituer une laïcité "positive"
ou "militante" qui prendrait mieux en compte la totalité du paysage
religieux français? (Extrait de l'article "La liberté
des cultes, une liberté fondamentale", cité dans Golias
51 (novembre 1996), p. 54) Dans un autre texte il écrit:
La religion scientologique doit bénéficier
du régime applicable à toutes les autres religions.
(voir Golias, numéro déjà cité). Faut-il
en conclure que l'Etat doit financer les sectes?
Sur la laïcité "ouverte" voir Laïcité à la Bordelaise.
Une nouvelle Restauration?
L'année 1996 avait mal commencé pour la laïcité,
avec la messe à N.D. de Paris en l'honneur de F.Mitterrand (11 janvier),
organisée par l'Elysée, à laquelle les chefs d'états
étrangers avaient été invités. Pire encore, le
20.1, J.Chirac est allé au Vatican prier pour la France
(c'est dans le programme officiel de la visite; pourquoi tant qu'à
faire ne pas prier pour l'Europe, ou pour l'humanité entière?),
se faire nommer "chanoine d'honneur" à Saint-Jean de Latran. Il y
a fait une scandaleuse déclaration d'allégeance à l'église
et au pape. (Note du Réseau Voltaire no 53 du 22.1.1996; voir des
extraits du discours de Chirac dans mon bilan de
la mobilisation laïque de l'été 96).
La préparation des fêtes du baptême de Clovis et de la
visite du pape a suscité un large débat qui a montré
l'attachement général à la laïcité. En septembre,
J.Chirac ne tenait plus le même langage qu'en janvier.
Et pourtant, le gouvernement persiste: Michel Barnier, ministre délégué
aux affaires européennes, participait le 24.11.1996 à la cérémonie
de béatification de la contre-révolutionnaire Catherine Jarrige
(1754-1836) et a prononcé son éloge au nom du Gouvernement
Français, en mettant l'accent sur sa "fidélité sans
faille à l'autorité du Pontife romain". Son discours ressemble
fort à celui de J.Chirac du 20.1 (Note du Réseau Voltaire du 10.12.1996).
Ainsi, le Gouvernement Français s'associe au programme réactionnaire
de Jean-Paul II consistant à dévaloriser systématiquement
la Révolution Française et, plus généralement,
à s'attaquer aux systèmes démocratiques. Sommes nous
revenus sous la Restauration?
Le pire est qu'il n'y a rien à attendre de Jospin et son équipe qui s'applatissent devant l'église catholique et la créditent des conquêtes laïques et sociales. Pour Jospin voir mon texte sur les JMJ(C); Chevènement, parlant de "l'égalité, invention révolutionnaire de l'évangile", "oublie" que l'église catholique s'oppose partout où elle le peut à ces conquêtes, et promet aux alsaciens et aux lorrains qu'il ne remettra pas en cause le statut concordataire de leurs départements.
En 1997 ça a été pire: voir mon bilan des JMJ(C).
Mobilisation (générale?)
Les laïques (défenseurs de la séparation
des religions et de l'Etat, à distinguer des laïcs,
c'est à dire des croyants qui ne sont pas du clergé) se mobilisent.
Citons :
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