B. Courcelle
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A quoi servent les religions ?
1 Rites sociaux accompagnant les grandes étapes de la vie: naissance, adolescence, mariage, mort. Intégration à un groupe social se reconnaissant dans des traditions.
2 Inspiration culturelle et artistique: à certaines époques tout art était religieux; les villages et les quartiers de ville s'organisent autour d'églises, mosquées ou autres bâtiments religieux.
3 Dogmes: les religions offrent des dogmes. Les dogmes catholiques sont spécialement absurdes (péché originel, résurrections et ascensions diverses, conception virginale, un ou trois dieux?, etc...) ou comiques (paradis, enfer, etc...). On ne comprend pas comment des scientifiques peuvent y croire. Cela dit, on n'entend plus guère parler de querelles théologiques (sexe des anges, immaculée conception, etc...) et l'Eglise catholique camoufle ces absurdités derrière son rôle politique (voir ci-dessous). Dans Le Nouvel Observateur (21.11.1996), Albert Rouet, évêque de Poitiers et président de la commission sociale de l'épiscopat déclare: Nous avons été plus déistes que chrétiens. Nous avons cru en un Dieu qui explique la création du monde, qui fait de temps en temps un petit miracle et surtout garantit l'immortalité de l'âme. Ce n'est pas enthousiasmant. La crise religieuse que nous traversons, c'est l'effondrement de ce déisme-là. Donc, en clair, la religion catholique n'a de rôle présentable que politique.
4 Pseudo-réponses aux "grandes questions" (sens de la vie, origine du monde, sens de l'Histoire): les religions expliquent l'obscur par l'incompréhensible et le mystère.
5 Morale: "Si Dieu n'existe pas tout est permis" (un personnage de Dostoïevski). C'est l'argument-clé des religions pour affirmer leur nécessité. C'est évidemment plus facile de fonder une éthique sur une autorité millénaire que sur la raison. Pourtant l'éthique laïque existe (voir l'ouvrage d'E. Pion, L'avenir laïque) et a l'avantage de reposer sur la Raison et sur des principes acceptables par tous et non sur des dogmes. (Je n'insiste pas sur le non-respect par beaucoup de catholiques de la morale sexuelle prônée par le Vatican.)
6 Politique: Au sommet, les religions cherchent à prendre le pouvoir (Israël, Iran, Afghanistan, etc...) ou à influer plus ou moins ouvertement sur les gouvernements. (Voir en particulier l'ouvrage de A. Lacroix-Riz sur la diplomatie du Vatican de 1914 à 1955.) A la base, elles utilisent les croyances de leurs adeptes pour les mobiliser contre les pouvoirs en place, les lois établies etc... (Voir le lobby anti-IVG.) Quant aux sectes (scientologie, Opus Dei, etc...) elles cherchent à s'infiltrer dans "l'establishment" et les ministères. Dans tous les cas, il s'agit d'une lutte contre les instances démocratiques et bien souvent d'un détournement de fonds. (En France, de nombreuses subventions à des activités religieuses sont illégales.)
7 Communautés: Les religions contribuent à l'atomisation de la société en communautés diverses: régionales, professionnelles, ethnico-religieuses, en concurrence pour la course aux subventions (nationales, régionales ou européennes). Les oppositions de classes sociales sont ainsi camouflées, les solidarités syndicales sont détruites, le corporatisme renaît (sous un habillage de modernité). Les services publics, et en particulier celui de l'enseignement, sont vilipendés (et assimilés à des résidus post-soviétiques). Bien entendu, les religions revendiquent leurs écoles "à caractère propre".
C'est sur les thèmes 6 et 7 que porte principalement la mobilisation anticléricale. Et un mot il en va de la défense de la démocratie, laquelle est inséparable de la laïcité.
Guerres et libertés civiles
"
Ces croyances, dès qu'elles s'organisent en religions, deviennent des nuisances sociales et politiques. Certes, théoriquement, elles prêchent toutes, ou presque, l'amour du prochain mais, dans la pratique, on les voit envenimmer et radicaliser tous les conflits.[...] Les combattants, qui ne partiraient que les pieds lourds à un combat "terrestre", ont leur énergie décuplée parce qu'on les a persuadés que leur cause est celle de leur dieu.
En outre, dès qu'une religion devient majoritaire, elle se met à peser lourdement sur les pratiques de la société civile et, nulle part, cette influence ne va dans un sens autre que celui de la contrainte et des atteintes aux libertés.
[...] si l'on veut un monde plus pacifique et tolérant, il faut combattre les religions, parce que liberticides et fauteuses de guerre." (A. Morelli, présidente du Centre d'Histoire des Religions et de la Laïcité, Université Libre de Bruxelles, entretien dans La Raison, no 420, Avril 1997).
Déclin
Une enquête de La Vie
( 27.3.1997) auprès des 18-24 ans a donné les résultats suivants: Croyez vous en "Dieu"?: Non: 51%, Oui: 46% (rappel 1967: Non 17%, Oui 81%). Quelle est votre religion?: catholique: 53%, sans 39% (rappel 1967: catho 88%, sans 6%);
38 % des catholiques non-pratiquants ne croient pas en "Dieu" (Commentaire de La Vie: "Ces catholiques reconnaissent du bout des lèvres l'héritage d'une éducation, d'un milieu familial."); 81 % pensent que "on peut être croyant sans appartenir à aucune religion." [Croyant à quoi? Il ne vaut mieux pas approfondire!]
Affirment croire: au paradis: 60%, aux miracles de Lourdes: 43%, à la résurrection: 36%; au péché originel 30%, à la trinité 28%.
Sur toutes les questions de tolérance, d'adaptation au monde moderne, de possibilités d'épanouissement personnel, de réponses aux questions des jeunes, c'est le bouddhisme qui vient en tête, suivi du christianisme, et loin derrière l'islam. [Sur quelle connaissance véritable des religions concernées reposent les réponses?]
Sectes
Une religion est une secte qui a réussi, et toute religion engendre "ses" sectes. Les religions établies visent la domination universelle des esprits (quitte à se contenter provisoirement d'implantations géographiques traditionnelles, qu'elles cherchent constamment à étendre dans une partie de go planétaire qui dure depuis des siècles), alors que les sectes se contentent (dans un premier temps) d'effectifs limités, militants et soudés.
(A noter: le rapport parlementaire belge sur les sectes place l'Opus Dei et le Renouveau Charismatique parmi les sectes; voir Charlie-Hebdo 21 mai 1997; que l'Opus Dei, se comporte comme une secte, c'était bien connu: voir Le Monde Diplomatique de septembre 1995 ou Golias no 30, été 1992 (280 p.!); c'est maintenant dit officiellement.)
La prolifération des sectes est tout à fait dans l'air du temps: contestation de l'autorité des gouvernements centraux des états ou des confédérations, ainsi que des services publics, au profit des entités régionales et des entreprises privées.
L'évolution terminologique est instructive: le terme "secte" est péjoratif; il n'est utilisé que par les "anti-sectes"; depuis 1986, l'église catholique cherche à récupérer les sectes et parle de "nouveaux mouvements religieux"; d'aucuns parlent maintenant de "religions minoritaires", cherchant ainsi à se raccrocher aux actions de défense des minorités ethniques.(Voir le texte de J. Robert et Golias 51, novembre 1996, p. 69.) Dans ce même numéro de Golias, on lit, au sujet de la politique de l'église catholique vis à vis des sectes:
"Ces "Nouveaux Mouvements Religieux" dénoncés la veille encore [avant 1986] comme des formes perverses deviennent soudainement "une" réponse (fausse) à un (vrai) besoin de religiosité. On ira même jusqu'à les considérer comme le signe et la condition d'une nouvelle (ré)évangélisation. Cette (ré)interprétation du phénomène sectaire fonctionne en fait comme une forme d'autocritique (des courants progressistes de Vatican II?) mais aussi comme l'occasion d'un nouveau (re)positionnement du catholicisme à partir de Rome." (p. 52)
"Le Centre d'études sur les Nouveaux Mouvements Religieux (Cesnur) a été fondé en Italie en 1988 par M.Introvigne. La création du Cesnur s'inscrit pleinement dans le cadre de la nouvelle politique romaine. Le groupe entend en effet promouvoir la liberté religieuse contre les interférences de l'Etat.[...] Il est devenu en quelques années une pièce maîtresse dans la croisade contre les associations anti-sectes." (p.60, dans un article qui rappelle aussi que le catholique traditionaliste M.Introvigne a présidé en 1996 un colloque sur "Racines et évolution du paganisme contemporain" organisé par la revue "L'Originel" dont les sympathies fascistes sont démontrées.)
"Jean-Paul II agit dans le cadre d'une stratégie bien arrêtée qui le pousse à accepter certaines compromissions avec ces "Nouveaux Mouvements Religieux". Mais l'objectif du Vatican est clairement énoncé: "reconquérir" le monde et pour cela transformer l'oecuménisme en un instrument de conversion des autres religions." (p.62)
Dignité humaine
Forcer quelqu'un à s'agenouiller devant la représentation d'un cadavre sanguinolent cloué sur un bout de bois, à s'aplatir devant une niche vide, à répéter des "prières" pendant des heures entières (et donc l'empêcher de penser), à se voiler, le mutiler par circoncision ou excision, c'est bafouer la dignité humaine. Les religions contredisent les Droits de l'Homme. Leurs représentants comme ceux des sectes sont à exclure des "comités d'éthique".
Condamner quelqu'un à la prison à perpétuité (ou à 10 ou 15 ans) et l'empêcher de se suicider est une forme de torture particulièrement répugnante car pétrie de bonne conscience, de respect (bêlant) de "la Vie", de valorisation religieuse de la souffrance et du repentir. C'est priver le condamné de sa dernière liberté, donc de sa dignité. C'est affirmer l'oppression absolue de l'individu par la société (et par les religions qui définissent une bonne part de son idéologie).
Les religions sont elles "respectables"?
Je n'arrive pas à voir en quoi une religion est respectable. A moins que l'astrologie, la numérologie et autres fariboles ne soient considérées comme "respectables".
La seule chose qui les fait déclarer respectables, c'est le souvenir de la St-Barthélemy.
Note de lecture: Le 24.6.1997 le Conseil d'Etat égyptien rétablit le droit de pratiquer l'excision, sous la pression des islamistes. "Dieu soit loué, nous avons gagné et nous allons appliquer l'Islam" (Le Monde, 26.6.1997) Les traditions de genre, religieuses ou pas, n'ont pas à être respectées.
Un vrai mystère.
Le bon sens est la chose au monde la mieux partagée écrit Descartes comme première phrase de son Discours de la Méthode . On peut en douter. Car autrement, comment expliquer que des millions de personnes, pendant des siècles et encore de nos jours, soumettent leurs esprits et leurs actes aux volontés et aux fantaisies absurdes de vieillards radoteurs, véritables fossiles vivants, rescapés du Moyen-Age. Il y a là un vrai mystère.
Dans le Sunday Times: "Trois cents femmes craignant de se trouver enceintes des oeuvres du Seigneur se sont couvertes auprès du Lloyd's contre ce péril majeur." (Cité par Courrier International no 312, 24.10.1996) On aimerait bien savoir:
1) combien coûte la police et quel est le montant de la prime en cas de "sinistre",
2) si ces femmes ont été excommuniées,
3) comment elles ont prévu de faire attester le caractère divin d'une fécondation éventuelle.
Tolérance? Une notion "religieuse", inutile en pays démocratique et laïque.
"Vous êtes intolérant !" argument conçu pour être sans réplique, couramment opposé à celui qui ose critiquer une religion particulière ou les religions en général.
"Stationnement toléré sur le trottoir." Il faudrait sans doute remercier la police de sa générosité! La tolérance provient d'une autorité. Elle est révocable d'un instant à l'autre.
Un groupe ethnique ou religieux en tolère un autre. Que veut-on dire? Qu'ils ne se battent pas.
Que ce groupe pourrait empêcher l'autre de vivre ou de s'exprimer, mais qu'il ne le fait pas (et l'auditeur d'admirer).
Dans un état de droit, dans un contexte de laïcité (et donc de liberté d'expression), la notion de tolérance n'a pas lieu d'être.
La tolérance est au droit fondé sur la laïcité ce que la charité est à la solidarité inscrite dans les lois sociales. Comme la charité, la tolérance est une notion religieuse.
Le terme "tolérance" est utilisé fréquemment dans le sens de respect des différences notion fondamentale de la laïcité, dénuée de connotations religieuses et conflictuelles.
Citations et documents:
L'ouvrage de R.Joly, L'intolérance catholique, montre que celle-ci a des origines juives (la marche vers la "Terre Promise" est une guerre d'extermination), néo-testamentaires et patristiques: "Saint" Jean Chrysotome écrit en 386:
Que chacun s'attache à gagner son frère, fallût-il user de violence [...] n'épargner rien pour l'arracher des filets du démon. (p. 46),
et pour "Saint" Augustin, c'est la charité qui implique le devoir de sauver les gens malgré eux, qui impose la chasse à l'hérésie, et donc l'intolérance (p. 52-53). En 1948, on lit encore dans Civiltà Cattolica:
L'Eglise catholique, consciente d'être, de par une divine prérogative la seule vraie Eglise, ne peut prendre en considération que pour elle-même le droit à la liberté, car ce droit ne peut être assuré qu'à la vérité et jamais à l'erreur.
En conséquence, dans un état où la majorité est catholique, l'Eglise exigera que ne soit garantie à l'erreur aucune existence légale et que, dans le cas de minorités appartenant à d'autres religions, celles-ci ne jouissent que d'une existence de fait, sans la possibilité de répandre leur foi. Mais dans le cas contraire [...] elle regardera comme un moindre mal de tolérer les autres religions: dans certains pays, les catholiques sont obligés de demander eux-mêmes la pleine liberté religieuse pour tous, résignés à pouvoir vivre en même temps que d'autres là où seuls ils auraient le droit de vivre. (p. 100)
Mirabeau déclare: La liberté la plus illimitée de religion est à mes yeux un droit si sacré, que même ce mot de tolérance qui essaye de l'exprimer me paraît en quelque sorte tyrannique lui-même. (Cité par J. Baubérot: dans son livre: Pour un nouveau pacte laïque.)
Le pasteur Rabaut-Saint-Etienne déclare au cours de la discussion sur la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen le 23.8.1789:
"Ce n'est pas même la tolérance que je réclame, c'est la liberté! [...] La tolérance? je demande qu'il soit proscrit à son tour et il le sera, ce mot injuste, qui ne nous présente que comme des citoyens dignes de pitié, comme des coupables auxquels on pardonne!" (Cité par C. Romane dans son anthologie De l'horrible danger de la lecture, voir ma bibliographie.)
Catéchisme
Comment peut-on à la fois enseigner à un enfant ou à un adolescent à raisonner rigoureusement en mathématiques ou en philosophie, à interpréter méthodiquement des résultats d'expériences et lui faire accepter des absurdités dogmatiques qu'il devrait croire car "révélées" et établies de par la "tradition", selon laquelle ce qui ne s'explique pas est un "mystère". Mystères dont les prêtres de toutes religions s'entourent pour assurer leur pouvoir.
On comprend bien l'importance que les religions attachent au catéchisme (auprès des plus jeunes), et plus généralement, à l'enseignement. Les dogmes sont tellement absurdes qu'il leur faut profiter de l'absence d'esprit critique pour les faire accepter.
C'est comme pour l'entraînement des futurs champions olympiques ou danseurs-étoiles, plus il est précoce, mieux c'est. Et on voit bien pourquoi les grandes religions sont solidaires des sectes (voir ci-dessus l'action du Cesnur); elle ne veulent surtout pas que soit posée la question de l'endoctrinement pratiqué au catéchisme.
Note de lecture: Serge Larivée, dans "La catéchèse scolaire, un écueil au développement cognitif", Revue des sciences de l'éducation (Montréal), vol. VII, 1981, pp. 449-474, écrit:
"La présentation d'un mystère (le mystère chrétien) et d'un irrationnel (la révélation) considérés comme la Vérité précisément à l'âge où l'apprentissage à l'objectivité et à la relativité est en voie de construction représente une information nettement prématurée, qui risque non seulement de retarder l'émancipation à l'égard de l'âge magique antérieur (4-6 ans), mais encore de donner de l'univers [...] une image déformée."
(Voir aussi Freud.)
Mise à jour le 1 décembre 1998. Seconde partie.
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