Repentance, falsification historique, publicité et récupération

En fin de document: trois ouvrages fondamentaux.

Repentance et publicité


La Conférence Episcopale de France a rédigé une "déclaration de repentance", lue à Drancy le 30.9.1997, concernant l'attitude de l'église catholique française sous Vichy, son "silence" sur les déportations de juifs, et l'antisémitisme qui a trop longtemps imprégné son enseignement ("la perfidie des juifs, le peuple déicide").
1. Le Monde et autres journaux cléricaux ont admiré béatement, en "oubliant" de préciser que seuls 30 évêques sur 111 ont accepté de la signer. On aimerait bien savoir pourquoi les 81 autres n'ont pas signé.
2. Dans Courrier International du 13.11.1997, on peut lire:
"Demander pardon est une simple formalité, une opération marketing. Ça fait bonne impression, et puis rien n'empêche, le cas échéant, de commettre à nouveau les actes pour lesquels on demande aujourd'hui pardon." (La Vanguardia, Barcelone) ainsi que:
"Mais ce qui ne convainc pas dans cette autoflagellation générale, c'est qu'elle n'a pas grand-chose à voir avec l'Histoire et que ce qui est présenté comme historique relève en fait de la morale et du politiquement correct de ce temps. [...] Ce fut [l'antisémitisme] un phénomène lié à un moment précis de l'Histoire, et chercher des responsabilités morales n'a aucun sens. Il appartient à l'histoire de la diaspora [...] Réduire toutes ces réflexions historiques à l'horreur des camps d'extermination nazis est sans doute une manière de se libérer des remords, mais n'aide pas à comprendre ce qui s'est passé ni pourquoi." (La Repubblica, Rome).
3. Le Monde a commencé à préparer "l'événement" dès le 21.9: L.M. Billé, président de la conférene épiscopale: "Il est temps que l'Eglise prenne en charge le péché de ses enfants." Jean-Paul II: "La considération des circonstances atténuantes ne dispense pas l'Eglise du devoir de regretter profondément les faiblesses de tant de ses fils." L'Eglise rejette la responsabilité sur "ses fils". Ce n'est donc pas le "Saint-Esprit" qui a inspiré pendant des siècles les traditionnelles prières contre le "peuple déicide" modifiées seulement vers 1965!
4. La déclaration débute ainsi:
"Evénement majeur de l'histoire du XXième siècle, la tentative d'extermination du peuple juif par les nazis pose à la conscience des questions redoutables [...]."
Voilà qui a dû faire plaisir à C. Lanzmann, qui s'évertue à sacraliser la Shoah, et à critiquer les historiens qui s'aviseraient de la comparer à d'autres génocides. Dans Le Monde du 12.6.1997, il dit:
"Je désapprouve cette approche comparatiste, qui nie l'unicité de la Shoah -- unicité qui ne diminue en rien l'horreur des autres massacres. La recherche historienne est nécessaire, mais il existe une conception universitaire qui en transposant tout au même niveau d'abstraction, dénature son objet. Face à la Shoah, il y a une obscenité absolue du projet de comprendre."
Des historiens y ont répondu le 3.7.1997 au titre de la défense de la recherche en Histoire, sans relever la tentative de fabrication du sacré, c'est à dire de délimitation d'un domaine interdit aux profanes et réservé aux clercs auto-proclamés et/ou reconnus comme tels par la société. D'autre part, l'unicité de la Shoah est une affirmation judéocentrique. Les indiens d'Amérique, les arméniens, les tibétains, les gitans, les kurdes, les tutsis et beaucoup d'autres populations ont été ou sont encore victimes de génocides, qui sont évidemment "uniques" et "singuliers" pour chacune d'elles.
5. Les "silences" de l'église sont un bel euphémisme.
Citations: le cardinal Gerlier: "Travail, Famille, Patrie, ces trois mots sont les nôtres." Ou encore le 31.8.1940 rendant compte d'une réunion de l'assemblée des cardinaux et archevêques de France, il déclarait:
"Des dispositions graves seront sans doute décidées prochainement contre les juifs. L'existence d'une communauté juive internationale peut obliger un état à prendre des mesures de protection au nom même du bien commun. [...] il peut paraître légitime de la part d'un Etat d'envisager un statut légal particulier contre les Juifs (comme l'avait fait la Papauté à Rome). Mais ce statut doit s'inspirer des règles de la justice et de la charité." (Cité par le Nouvel Obs, 25.9.1997 et l'ouvrage de H. Fabre cité ci-dessous).
Le cadinal Baudrillart en juin 1941 approuve "la noble entreprise commune dirigée par l'Allemagne, susceptible de délivrer la France, l'Europe, le monde des chimères les plus dangereuses [le communisme]. Voici les temps d'une nouvelle croisade."
La défaite de 1940 a été considérée par La Croix comme une punition justifiée contre la laïcité instaurée en France en 1905 (cf les tirades contre "l'école sans Dieu"; je renvoie le lecteur au chapitre 6, pp. 194-268, du livre de H. Fabre recensé ci-dessous qui comporte de très nombreuses citations dans ce style; voir aussi Golias no 56 "L'Eglise sous Vichy, la Sainte collaboration").
C'est donc à tous les français, et pas seulement aux juifs, que les évêques auraient du demander "d'entendre cette parole de repentance", pour complicité avec les nazis (pas toujours seulement par "silence", cf. le témoignage de l'abbé Glasberg sur Gerlier dans Golias no 56 ou H.Fabre, op. cit.) mais pour soutien idéologique au régime de Vichy, et ceci jusqu'en 1944 (hommage au milicien Ph. Henriot, tué par la Résistance, par Feltin, archevêque de Bordeaux, le 1.7.1944, lors de ses funérailles solennelles ).
Dans le cadre du "Procès des évêques sous Vichy" qu'elle a organisé le 20.6.1992, La Libre Pensée (document de 56 p. disponible au siège) les accusait d'avoir
1: soutenu le régime antirépublicain de Vichy, la collaboration, le service du travail obligatoire,
2: inspiré la politique antisémite, antimaçonnique et anticommuniste de Vichy,
3: tiré un avantage matériel de sa collaboration (attribution de biens fonciers nationalisés en 1905, subventions aux écoles religieuses),
4: inspiré le régime corporatiste qui a détruit les organisations syndicales,
5: aidé à la fuite des collaborateurs et criminels (Touvier; ce chef d'accusation concerne aussi le Vatican, cf l'ouvrage de Aarons et Loftus, cité ci-dessous),
6: refusé l'accès aux archives et donc entravé l'action de la justice.
Certains "silences" valent décision: L. Bérard, ambassadeur de Pétain au Vatican en septembre 1941 rassure le Maréchal:
"Comme quelqu'un d'autorisé me l'a dit au Vatican, il ne nous sera intenté nulle querelle pour le statut des juifs."
Donc c'est beaucoup plus que de "silence" que l'Eglise (comme institution, et jusqu'au plus haut niveau) doit se repentir.
Lorsque l'on se confesse à moitié, on commet un autre péché! (Vague souvenir de catéchisme)
6. L'insistance sur le peuple juif (Le Monde du 21.9.1997 titrait "la communauté juive") est pour le moins dangereuse. Cette notion avait peut-être un sens à l'époque de Moïse, où elle s'apliquait à un ensemble de tribus reconnaissant une même religion sous la conduite d'un chef unique. Elle n'en a plus maintenant, sauf à vouloir pousser à la reconnaissance de communautés. Faut-il rappeler que la République ne reconnaît que des citoyens et non des communautés, et tout semble fait pour faire oublier ce principe (jusqu'à certain discours du président de la République!)
L'argument selon lequel la fin des juifs signifirait la fin du christianisme ne tient pas dans la mesure où la religion catholique se veut universelle et donc indépendante des circonstances historiques et des lieux qui l'ont vu naître (elle doit beaucoup plus comme chacun sait aux "pères de l'Eglise" qu'à son origine de secte juive). D'autre part il affaiblit la portée de la condamnation de la Shoah, en lui donnant un caractère de défense de sa propre communauté.
Enfin, tout ce qui conforte cette notion prétentieuse et obscurantiste de "peuple élu" est fauteur de guerre et inacceptable.

Après les chiffonniers de l'Histoire, les récupérateurs de la Shoah

Le Monde du 3.1.1998 cite des extraits d'un article de J.M. Lustiger: Singularité de la Shoah (Etudes, janvier 1998) dont j'extrais quelques phrases:
"La Shoah vise singulièrement dans le peuple juif le porteur de la parole divine, de la Loi, des commandements, dans ce qu'ils ont d'irrécusable pour les cultures juive et chrétienne [...]. En tant qu'elle rejette les témoins des paroles du Sinaï, elle prétend exclure à travers eux Celui qui fonde la liberté et la sagesse de toute conscience humaine. [...]
Pour autant, cette signification horrible de la Shoah ne banalise en rien les autres blessures du siècle. [...] Au-delà du nombre des victimes, l'élimination programmée du peuple élu révèle, en tout crime contre l'humanité, le sacrilège qui attente à l'intégrité des personnes et détruit leur communion. [...]
On ne peut comprendre la singularité de la Shoah qu'en référence à la singularité du Sinaï. La Shoah est la radicale négation du Sinaï. Les mêmes éléments se retrouvent dans les deux événements contraires, contradictoires, symétriquement opposés. Le don de la Loi est unique et irréversible. Le second, la Shoah, en est la négation ou plutôt le refus, tout aussi singulier, tout aussi inoubliable [...].
Israël atteste d'autre part, l'universalité des commandements moraux dont il est porteur et dont l'observance lui est confiée comme une mission particulière. [...] l'extermination du témoin de l'Unique est, à ce titre aussi, un crime contre l'humanité [...]"

Mes commentaires

1. Pendant des siècles l'église catholique a fait dire des prières contre le "peuple déicide"; l'antijudaïsme catholique remonte à "Saint"-Augustin et "Saint"-Jean Chrysotome (fin du IVième siècle) et s'est poursuivi, avec plus ou moins de virulence selon les époques, jusqu'au XXième; par exemple, M. Kolbe, canonisé par Jean-Paul II, publiait en Pologne une revue antisémite; voir ci-dessus les déclarations du cardinal Gerlier. (On notera au passage la notion toute relative de justice; quant à la charité, le pape avait donné l'exemple! ) On peut difficilement parler dans ce cas de défaillance personnelle, comme dans les nombreuses affaires de prêtres pédophiles; c'est par contre une preuve "par l'absurde" de la non-existence du prétendu "Saint-Esprit", car enfin, s'il n'inspire pas une assemblée des archevêques et des cardinaux, électeurs du successeur de "Saint"-Pierre, à quoi peut-il servir?
L'extermination des Juifs était donc tout sauf une attaque du catholicisme. Prétendre le contraire comme le fait Lustiger, c'est donner à l'église catholique, à peu de frais, une position de victime en faisant oublier sa position indifférente pour ne pas dire complice. (Voir aussi l'ouvrage de A. Lacroix-Riz cité ci-dessous).
2. Dans ce texte, Lustiger ne parle de la Shoah que dans la perspective de sa propre religion (avec bien sûr les réserves d'usage politiquement correctes sur les autres génocides qui seraient éclairés par sa "noire lumière" (sic)). La singularité revendiquée repose sur l'affirmation explicite de l'universalité (cf. "... Celui qui fonde la liberté et la sagesse de toute conscience humaine") et donc de la suprématie de la religion catholique, étendue pour l'occasion à la religion-mère, et de faire accepter, en utilisant un passé douloureux, sa prétention à définir l'éthique du monde contemporain. Dans les extraits publiés par Le Monde, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme n'est pas mentionnée. On ne trouve que des formules obscures du genre: "le sacrilège qui attente à l'intégrité des personnes et détruit leur communion (sic)."
3. Le péché originel d'Adam et Eve est usé; d'une part la notion de "premier couple" d'une race est infondée et d'autre part, en ce qui concerne celui-là, elle est mise à mal par l'hypothèse du polygénisme; personne ne se sent plus concerné par cette vieille histoire fumeuse (inventée par "Saint"-Augustin, encore lui); il fallait trouver quelque chose de plus récent, puisque toute religion fonctionne sur la culpabilisation et la dénonciation du Mal (sans se soucier des conditions politiques qui expliquent tel ou tel événement), qui permettent d'asseoir sa domination des esprits. Cet "événement majeur", le choc des photos aidant, est donc utilisé pour le remplacer. (Par contre le grand rabbin Sitruk a déclaré à la télévision à propos de la Shoah: "ce n'était pas un événement puisque la Shoah est hors de l'histoire, elle abolit l'histoire." Tout aussi crétin que le négationnisme!, EdJ, 17.9.1998)
4. Sous la plume de l'académicien Lustiger, la symétrie entre le Sinaï et la Shoah semble nécessaire, comme voulue par "Dieu"!
5. "Israël atteste ... ": qu'en pensent les palestiniens?
6. Ce texte tout comme la "repentance" du 30.9.1997 me semble être un élément d'une opération diplomatique auprès des juifs (Congrès Juif Mondial, rabbins et lobbys très puissants aux USA) visant à une alliance en vue de la reconquista cléricale en cours, à moins que ce ne soit une OPA sur la "maison-mère".

Que faire?

Refuser la sacralisation de tel ou tel fait historique et les "repentances" médiatisées; étudier l'Histoire sans faire de la morale, de façon à comprendre rationnellement ce qui s'est passé (les discours sur le Mal et le Diable associés au refus de comprendre visent à affirmer que seules les "autorités religieuses" sauraient dire la vérité de l'Histoire et, en conséquence, devraient se voir reconnaître une suprématie sur les assemblées démocratiquement élues);
combattre les falsifications historiques (le jubilée de l'église catholique nous donnera l'occasion de nous repencher sur quelques dossiers peu glorieux et il faudra surveiller leur présentation).
Il n'y a besoin d'aucune religion pour condamner les génocides, tous les génocides, sans chercher à singulariser l'un ou l'autre. C'est une insulte aux victimes que d'utiliser leur malheur pour fabriquer du sacré, et développer sa boutique ou plutôt sa multi-nationale.

Comment éviter de nouvelles horreurs?: je propose de donner à l'ONU des moyens réels (tirés par exemple de la "taxe Tobin") et de vrais pouvoirs supranationaux, issus d'une élection au suffrage universel mondial. Sa mission serait de veiller au respect des Droits de l'Homme, de contrôler les ventes d'armes, d'organiser un désarmement général (progressif), de développer les vaccins et les moyens contraceptifs hors du circuit capitaliste, d'imposer le respect de l'environnement et la fermeture des paradis fiscaux.

[Note: Voir également dans Golias 58, janvier 1998, un article de l'historien M. Steinberg qui critique les falsifications contenues dans la "déclaration de repentance" et dans le texte de J.-M. Lustiger sur la "singularité de la Shoah.]

Négationisme pontifical.

Quelques ouvrages

H. Fabre: L'Eglise catholique face au fascisme et au nazisme, les outrages à la vérité, Editions EPO, Bruxelles 1994, (prix 190F, sur commande dans toute bonne librairie )

Analyse: Ce livre traite de l'attitude des papes Pie XI et XII et des évêques européens face aux régimes fascistes, nazis et autres en France, Italie, Allemagne, Pologne, Croatie, Slovaquie, Roumanie et Hongrie. Son propos n'est pas la participation des catholiques à la résistance, mais l'attitude de la hiérarchie. Il ressort de ce livre que la non-assistance à peuples en danger pour ne pas dire la collaboration par omission s'explique par de multiples raisons:
- l'antisémitisme traditionnel (le "peuple déicide"; le prêtre polonais M. Kolbe publiait jusqu'en 1938 des revues antisémites; cela ne l'a pas empêché d'être béatifié en 1982);
- la peur du "bolchevisme athée" contre lequel les régimes fascistes semblaient être, aux yeux de ces papes, les meilleurs remparts;
- l'opinion voire le souhait que les allemands gagnent la guerre;
- la défense des "intérêts de l'Eglise" (écoles religieuses, mariages religieux, refus du divorce, défense des juifs convertis, etc...);
- la lutte contre le "laïcisme" et la loi française de séparation des églises et de l'Etat de 1905 (ces "maux" sont attribués aux francs-maçons);
- la volonté d'être "impartial" dans le conflit et de ne pas s'opposer aux pouvoirs en place sauf lorsqu'ils empiètent sur les intérêts de l'Eglise (encycliques de 1931 et 1938);
- la crainte que le Vatican ne soit occupé.
La démonstration est étayée de nombreuses citations données avec leurs références bibliographiques complètes. Ce livre montre également comment l'Eglise, appuyée de nombreux historiens peu curieux ou pieusement malhonnêtes, a réussi à maquiller la réalité.

A. Lacroix-Riz, Le Vatican, l'Europe et le Reich, de la première guerre mondiale à la guerre froide, A. Colin/Masson, Paris 1996, 539 p., 180F, (ISBN 2 200 21641 6)

Voir aussi la revue Golias, numéro 47, Mai 1996, pp. 72-89 qui présente des extraits de cet ouvrage.

Analyse: En s'appuyant sur des archives non encore utilisées, ce livre analyse la diplomatie du Saint-Siège de 1914 à 1955. Cette diplomatie a constamment soutenu l'Allemagne, ce qu'explique en partie l'importance du soutien financier allemand du Vatican. Ses principaux axes sont les suivants.
1 La lutte contre le traité de Versailles et l'aide à la reconquête des territoires perdus en 1918 par les empires centraux; le Vatican a soutenu l'Anschluss de 1918 à 1938, ainsi que l'invasion par Hitler de la Tchécoslovaquie. En 1945, cette attitude s'est retrouvée dans la lutte du Vatican contre le traité de Potsdam.
2 La France "laïque" est une ennemie; le Vatican entretient l'agitation en Alsace et en Moselle pour y empêcher l'application de la loi de 1905 (séparation de l'Etat et des religions) entre les deux guerres, et y maintenir le régime concordataire; il soutient de même le rattachement de la Sarre au Reich en 1935.
3 Plus surprenant, la Pologne catholique est "brimée" au profit de l'Allemagne, partiellement catholique.
4 La lutte contre le "bolchevisme athée" en URSS est une justification constante et réitérée (en particulier à usage des catholiques français) du soutien à l'Allemagne nazie. Le Vatican ferme les yeux sur, (ou proteste très faiblement contre) les persécutions des catholiques allemands par les nazis. Cette lutte contre l'URSS prolonge l'hostilité séculaire du Vatican contre la Russie tsariste et surtout, orthodoxe.
5 Le Saint-Siège a senti dès 1914 l'importance que prendraient les Etats-Unis dans les affaires européennes et a établi des liens avec eux pour servir les intérêts de l'Allemagne et de l'Italie. Il a constamment cherché à dissuader les Etats-Unis d'entrer en guerre, en 1916 et en 1941.
6 Dès 1943, le Vatican a mobilisé tout l'appareil de l'Eglise pour sauver le plus possible de criminels de guerre, sous le couvert de la "charité chrétienne".

Ce livre explique en détail le soutien à Hitler contre le Zentrum (parti catholique allemand), à Franco (sous couvert de "pacificisme", incitant les français et anglais à ne pas intervenir), à Pétain (contre l'affreuse laïcité et les "poisons communistes" cf. p. 402) etc ...

Comment comprendre les "silences" de Pie XII sur le sort des juifs, alors que simultanément il protestait vigoureusement contre les bombardements alliés en Italie (à Rome!) et en Allemagne, sinon comme un soutien de fait à la politique d'extermination nazie?

"Tandis que la Patriarche orthodoxe de Constantinople ordonnait à ses évêques de tout faire pour sauver les juifs, rien de semblable ne vint de Rome." (Golias 47, p. 79) A noter aussi l'appropriation par l'Eglise des biens de juifs déportés. (Golias 47, p. 80)

Cette politique ne s'arrête pas à la mort de Pie XII. La protection de P. Touvier a continué bien après. Roncalli et Montini (les futurs papes Jean XXIII et Paul VI) ont participé au sauvetage des nazis (Golias 47 p. 84-85). On peut citer aussi la reconnaissance germano-vaticane de la Croatie où le Vatican avait soutenu les oustachis (nazis locaux).
Après la béatification de M. Kolbe (prêtre polonais antisémite, au moins jusqu'en 1938), de I.Schuster (évêque fasciste de Milan) tous deux par Jean-Paul II, on parle de celle du croate oustachi Stepinac (p. 509; Golias 47 p. 81).
Jean-Paul II a accordé sa bénédiction apostolique à L.Degrelle en 1991 (nazi belge) et à A. Pinochet en 1993. Par contre, il s'est opposé à la "Théologie de la Libération" et il place partout où il peut en Amérique Latine ses affidés de l'Opus Dei.

Conclusion: Pie XII n'est pas un "accident" de l'histoire de l'Eglise catholique. Plus ou moins masquée, la politique de soutien aux régimes réactionnaires est constante. L'hypocisie et le double langage sont la règle. Dans tous les cas, le Vatican prend à revers les démocraties en mobilisant les catholiques sur des thèmes tels que l'école confessionnelle (dite "libre"), la charité chrétienne (on dit maintenant "l'aide humanitaire"), les persécutions religieuses (dont les victimes sont soigneusement choisies), l'opposition à l'avortement.

Sur la censure des travaux de A. Lacroix-Riz sur la collaboration, on consultera le serveur de l'Humanité (interroger le moteur de recherche sur "Lacroix-Riz")

M. Aarons, J. Loftus, Des nazis au Vatican, Olivier Orban, Paris, 1992 (trad. de: Ratlines, Londres, 1991)

Ce livre explique comment le Vatican (y compris Mgr. Montini, le futur Paul VI) a organisé la fuite de plusieurs dizaines de milliers de nazis, oustachis et SS ukrainiens en Amérique du Sud, au Canada, en Australie, etc..., avec la complicité des services secrets américains et surtout britanniques.
Un documentaire tiré de cet ouvrage a été présenté sur Arte début 1997; il avait été initialement programmé le 18.9.1996, veille de l'arrivée du pape en France. Le gouvernement a obligé la chaîne à différer la diffusion! (Note 85, du Réseau Voltaire, dépêche 96/0707)

A voir également: le compte rendu par J. Bézecourt du livre de S. Friedlander (1964): Pie XII et les Nazis.
Les "saints" et amis politiques de Jean-Paul II.

B. Courcelle

Mise à jour: 25 septembre 1998.


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