Est-ce en légalisant l'interdiction des attitudes et comportements dits sacrilèges ou blasphématoires qu'on redonnera le goût de la critique lucide et mesurée? [...]
La laïcisation de notre société exige le respect des opinions contestataires et même contestables, dès lors qu'elles ne sont pas opprimantes ou violentes.
Liberté donc, d'expression et de création artistique, sans autres limites que celles fixées par la loi commune, dégagée de toute influence religieuse ou cléricale: c'est une des exigences fondamentales de l'éthique laïque. (p. 89)
Sur "l'accusation des dogmatiques que la laïcité mène à l'antireligiosité":
Est-ce attaquer la religion que de souhaiter qu'elle fasse l'objet d'un choix lucide, conscient, librement effectué? Est-ce faire preuve d'antireligiosité que de penser qu'un être libre, majeur, responsable, peut découvrir la foi par lui-même, et non pas sous l'influence d'un directeur de conscience, d'un maître à penser, d'un gourou ou d'une communauté enkystée dans ses règles et ses obligations? (p. 95)
[En matière de pratiques cultuelles] l'influence du milieu ambiant est difficilement évitable.
A défaut de la neutraliser, peut-être est-il possible de la rendre moins pesante, moins excessive, plus perméable à d'autres influences.
D'où la nécessité de refuges adogmatiques, de zones franches pour l'esprit, de trêves dans la mise en condition, d'oasis de tolérance mutuelle, d'occasions de rencontres et de possibilités de découvertes culturelles... [c'est à dire de l'école laïque] (p.96-97)
Et lorsqu'on a pratiqué l'intolérance religieuse la plus répressive et la plus meurtrière, et cela pendant plus d'un millénaire, suffit-il de tardives et attendrissantes homélies sur la liberté de conscience et sur le respect des différences pour récupérer un crédit moral et une fiabilité idéologique en matière de tolérance? (p. 101, sans parler des présentations d'excuses et autres pitreries; qui accepterait les excuses de Touvier, Bousquet ou Barbie? Note de B. Courcelle)
On ne dira jamais assez le danger que constitue, pour une société plurielle, l'esprit de communauté. Celle-ci, le plus souvent repliée sur elle-même, enkystée dans ses spécificités, se solidarise dans des attitudes défensives ou revendicatives, parfois justifiées, mais quelquefois dangereuses pour l'harmonie sociale. (p. 105)
Lorsqu'une pédagogie pose comme postulat, dans la discipline fondamentale qui la caractérise (en l'occurrence la formation religieuse), des vérités qui ne se démontrent pas, qu'il faut, au départ, admettre comme telles, toutes les ressources de la casuistique religieuse ne peuvent dissimuler le côté aliénant de cette attitude d'esprit et de l'action pédagogique qu'elle induit. La mise en condition mentale, même habilement masquée derrière des approches et des présentations apparemment modernes, ne peut que se répandre et gagner d'autres domaines de la pensée et de la réflexion. (p. 223)
La République naquit en France en même temps que l'idée laïque. Toutes deux avaient les mêmes fondements idéologiques, c'est à dire les mêmes exigences et les mêmes objectifs:
- Liberté de la pensée, de croire ou de ne pas croire, liberté de l'expression, de l'accès à l'information et à la connaissance raisonnée. [...]
- Egalité des droits civiques, culturels, économiques [...]
- Solidarité organisée et garantie par la loi et par les structures [...], solidarité fondée sur la suprématie de l'intérêt général [...]
- Enfin indépendance de l'Etat, de la puissance publique et des services officiels; indépendance des structures sociales vis-à-vis des Eglises, des clergés, des dogmes, des appareils partisans et des communautés instituées, confessionnelles ou autres. (p. 280-281)
Nos experts en cléricalisme militant ont compris que l'éthique laïque est devenue si présente dans la conscience populaire qu'il leur faut aujourd'hui récupérer cet attachement; ils le font en prétendant que la laïcité est d'origine religieuse [...] Cette impudence leur permet d'en dénaturer le contenu, d'en pervertir les implications, et de s'en servir comme d'un relais vers une reconquête des esprits, par le moyen d'une recléricalisation de la société et de l'Etat.
Face à cette menace, il appartient à tous les laïques, croyants, agnostiques, indifférents et athées, d'être vigilants [...]
La prétendue réémergence de la ferveur mystique n'est le fait que d'une minorité de fidèles soigneusement cadrés par les reportages télévisés, mais les médias matraquent cette affirmation avec une insistance qui cherche à rendre indiscutable une affirmation démentie par les faits les plus évidents, en France comme dans d'autres pays d'Europe, où c'est le phénomène inverse qui se produit. (p. 292-293)
"L'avenir laïque" de E. Pion est paru chez Denoël, Paris, 1991, ISBN 2-207-23916-0; 300 p., 140F
Extraits choisis par B. Courcelle
E. Pion est président du
Mouvement "Europe & Laïcité"
qui défend les idées présentées dans cet ouvrage.
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Voir aussi les
réponses du Mouvement E&L aux questions souvent posées sur la laïcité.
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