mercredi 19 janvier 2005 Préservatif et sida: le Vatican attend les explications des évêques espagnols CITE DU VATICAN (AFP) - Le Vatican est resté de marbre mercredi à l'annonce de la prise de position de l'épiscopat espagnol en faveur du préservatif contre le Sida, convaincu de le faire rentrer dans le rang, comme il l'avait déjà fait avec les évêques français en 1996. De fait, quelques heures après avoir semé le trouble par des déclarations sur "la place du préservatif dans la prévention intégrale et globale du Sida", le secrétaire général et porte-parole de la Conférence épiscopale espagnole, Juan Antonio Martinez Camino, a annoncé mercredi soir qu'il n'est "pas possible de conseiller l'usage du préservatif" et a nié avoir changé de doctrine sur cette question. Dans la soirée de mercredi, l'Eglise espagnole a affirmé dans son communiqué qu'"il n'est pas possible de conseiller l'usage du préservatif, contraire à la morale de l'individu". "Contrairement à ce qu'ont affirmé certains, il est faut de dire de dire" que ces déclarations "ont changé la doctrine de l'église sur le préservatif", a-t-elle précisé. "La seule conduite à véritablement conseiller est l'exercice responsable de la sexualité, en accord avec la norme morale", poursuit le communiqué, citant l'abstinence et la fidélité. Selon le communiqué des évêques espagnols, le secrétaire général de la conférence épiscopale n'a fait mardi que "répondre brièvement" à des questions de journalistes sur un programme gouvernemental de prévention du sida qui comporte notamment l'utilisation du préservatif. Sa "déclaration doit être comprise dans le sens de la doctrine catholique qui soutient que l'usage du préservatif implique une conduite sexuelle immorale", précise le communiqué de la conférence épiscopale, publié au terme d'une réunion de plusieurs heures de la hiérarchie catholique espagnole. La situation rappelle celle provoquée en 1996 par un document de l'épiscopat français -- Sida, la société en question -- jugeant le préservatif "un moyen de prévention nécessaire". Quelques jours après la publication de ce document, le président de la commission sociale des évêques de France, Mgr Albert Rouet, avait jugé "abusif et erroné de présenter le travail de la commission sur le Sida comme une rupture avec l'enseignement de l'Eglise, voire une opposition". A l'époque, le Vatican n'avait pas pris officiellement position sur le document de l'épiscopat français, mais un de ses dignitaires, Mgr Fiorenzo Angelini, président du conseil pontifical pour la Santé, avait accusé la presse internationale de vouloir "allumer un incendie sur ce thème". Neuf ans plus tard, le Vatican s'est également refusé à toute déclaration officielle sur les déclarations du secrétaire général de la conférence épiscopale espagnole. Mais le secrétaire du conseil pontifical pour la santé, l'évêque espagnol José Luis Redrado Marchite, a déclaré à l'AFP douter que l'Eglise de son pays ait décidé de rompre avec la ligne officielle du Vatican qui interdit le recours aux préservatifs comme moyen de prévention contre cette épidémie et recommande l'abstinence. "Il y a 40 moyens offerts par les scientifiques pour combattre le sida. Le préservatif est l'un de ces moyens. J'estime que le porte-parole de la conférence épiscopale espagnole, le père Juan Antonio Martinez Camino, s'est borné à dire cela", a affirmé Mgr Redrado Marchite. Le Vatican tient visiblement bien ses troupes. Toutes les conférences épiscopales interrogées par l'AFP ont affirmé "rester sur la ligne de Rome". Certaines ont refusé de répondre ou ont exigé "une "demande formelle écrite au président de la Conférence épiscopale". "Nous sommes sur la même ligne que Rome", ont ainsi assuré les évêques suisses. L'Eglise catholique croate a pour sa part affirmé être "contre l'utilisation du préservatif". "Ce sujet n'a jamais été abordé par la conférence épiscopale autrichienne", a pour sa part affirmé son porte-parole Erich Leitenberger. La Conférence épiscopale allemande et l'Eglise catholique des Pays-Bas ont dit ne pas encore connaître exactement la teneur des propos du secrétaire général de la Conférence épiscopale espagnole. "On nous a dit qu'une déclaration détaillée devait être faite aujourd'hui et nous ne voulons pas commenter à ce stade", a expliqué le porte-parole du secrétariat de la conférence épiscopale aux Pays-Bas, Jan Willem Wits. Seule l'Eglise belge a une position plus nuancée. "Nous défendons l'idéal d'une vie affective et sexuelle stable dans le cadre du mariage. Mais ceux qui n'ont pas les capacités de vivre cet idéal, ceux qui ont une vie sexuelle autre, papillonnante, doivent prendre leurs responsabilités, et doivent prendre les moyens nécessaires pour ne pas propager le Sida", a déclaré le père Eric de Beukelaer, porte-parole des évêques de Belgique. Le secrétaire du conseil pontifical pour la santé a tenu des propos similaires à l'AFP. "Certes, le préservatif peut être une solution plus facile que l'abstinence. C'est vrai aussi que pour certains, l'abstinence peut s'avérer un traumatisme. Mais il faut qu'un catholique soit cohérent avec sa foi", a affirmé Mgr Redrado Marchite.