vendredi 4 février 2005, 16h06 L'Eglise peut accepter un pape grabataire et muet s'il a conservé toute sa tête CITE DU VATICAN (AFP) - Même hospitalisé et dans l'incapacité de parler, le pape Jean Paul II reste le chef de l'Eglise et continue de la gouverner, affirment les responsables du Vatican, en réponse aux spéculations sur une démission. "Même à partir d'un lit d'hôpital, il est possible pour celui qui gouverne l'Eglise d'exprimer sa volonté et de donner des ordres et des dispositions", a affirmé vendredi le cardinal italien Mario Francesco Pompedda, 75 ans, ancien "ministre de la Justice" du Vatican et grand expert en droit canonique. Jean Paul II "pourrait continuer à être pape, c'est-à-dire à exercer sa juridiction universelle sur l'Eglise, exprimant sa propre volonté par écrit ou par des gestes", a-t-il ajouté dans un entretien au quotidien Il Giornale. L'hospitalisation de Jean Paul II mardi soir pour des graves problèmes respiratoires provoqués par une mauvaise grippe a relancé les spéculations sur sa capacité à diriger l'Eglise, comme cela se produit à chaque fois que le pape est malade. Le code de droit canon prévoit une "renonciation faite librement et dûment manifestée" et envisage que le souverain pontife puisse être déclaré inapte à gouverner. La question de l'empêchement n'a toutefois pas été tranchée, notamment les critères pour déclarer cet état et l'autorité pour le prononcer. Le pape peut être "totalement empêché" d'exercer sa mission sans pour autant être mort. Dans ce cas, le cardinal camerlingue est chargé des affaires courantes jusqu'au décès du souverain pontife, mais plus aucune des décisions de la seule compétence du pape ne peut être prise. Seul le pape est en droit de nommer, de publier des documents ou de trancher sur des questions morales. La question de la retraite du pape avait été publiquement évoquée en mai 2002 par deux "papabili", le tout puissant cardinal allemand Josef Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi et le cardinal hondurien Oscar Andres Rodriguez Maradiaga. "Si le pape voyait qu'il ne peut absolument plus continuer, alors il démissionnerait", avait assuré Mgr Ratzinger. Et la rumeur avait alors couru que Jean Paul II aurait laissé à son secrétaire particulier, Mgr Stanislaw Dziwisz, des dispositions en cas d'empêchement, comme l'avait fait avant lui le pape Paul VI. Mais Jean Paul II avait fait taire ces spéculations en annoncant publiquement vouloir continuer à exercer son ministère jusqu'à son dernier souffle. Officiellement le pape se remet de ses problèmes respiratoires. "Sa santé s'améliore et il s'alimente régulièrement", a annoncé vendredi son porte-parole. Et il continue de diriger l'Eglise. "Je pense que s'il y a des questions qui nécessitent la décision du Saint-Père, le cardinal Sodano les lui soumet lorsqu'il va lui rendre visite à l'hôpital", a affirmé M. Navarro-Valls. Pendant l'hospitalisation du souverain pontife, le cardinal secrétaire d'Etat Angelo Sodano et l'archevêque Stanislaw Dziwisz, secrétaire personnel de Jean Paul II, gèrent le Vatican. C'est le cardinal Sodano qui recevra mardi la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice lors de sa visite à Rome. Mais cette nouvelle hospitalisation du pape, la huitième depuis l'attentat du 13 mai 1981, va affaiblir encore un peu plus Jean Paul II, déjà rendu impotent par la maladie de Parkinson. L'important pour le Vatican est qu'il conserve toutes ses facultés intellectuelles. "Jean Paul II apparaît souffrant et quasiment prisonnier d'un corps qui ne répond plus à ses ordres, mais il est clair et évident (...) qu'il est conscient de l'autorité qu'il continue d'exercer", assure le cardinal Pompedda.