CARACAS, 13 oct 2005 (AFP) - M. Chavez ordonne l'expulsion de missionnaires évangéliques américains Le président vénézuélien Hugo Chavez a ordonné mercredi soir l'expulsion de missionnaires évangéliques américains du mouvement "Nouvelles tribus", installés dans des zones peuplées d'indigènes, qu'il a accusés d'envoyer des informations stratégiques au gouvernement américain. "C'est un ordre: les dites +Nouvelles tribus+ doivent s'en aller du Venezuela", a déclaré le chef d'Etat lors d'une cérémonie organisée dans l'Etat de Apure (sud-ouest), à l'occasion du 12 octobre, "jour de la résistance indigène" (et la Découverte de l'Amérique). "Nous ne voulons pas de +Nouvelles tribus+ ici, nous sommes une vieille tribu, il y en a assez de la colonisation", a lancé M. Chavez, à propos de cette organisation accusée par des organisations écologistes vénézuéliennes d'exploiter sans limites les ressources naturelles sous prétexte d'exercer un travail d'évangélisation. Le président vénézuélien a affirmé également que ces "Nouvelles tribus" envoyaient "des informations stratégiques" à l'extérieur du pays et collaboraient avec l'agence de renseignement américaine CIA. Il a expliqué avoir découvert leurs agissements dans un rapport militaire et une vidéo et s'être senti "honteux" des pratiques à l'encontre des communautés indigènes. "En réalité, ce sont des appendices de l'impérialisme; la CIA, les véritables nouvelles tribus qui emportent des informations sensibles, stratégiques et exploitent les indiens, ici chez nous", a accusé encore M. Chavez. Il a affirmé qu'alors que les indiens vivent dans des conditions "très dures", les "Nouvelles tribus" possèdent "des usines électriques, des systèmes radio, des pistes bien entretenues pour le passage des tracteurs et des sites où atterrissent des avions sans passer par une douane quelconque". Dans l'Etat d'Apure, M. Chavez a solennellement remis aux indigènes des titres de propriétés sur les terres où ils vivent, comparant la lutte des indiens d'Amérique à celle des Palestiniens. Il a aussi qualifié Christophe Colomb de chef de l'"invasion" de l'Amérique latine et des Caraïbes. M. Chavez entretient des relations très conflictuelles avec le gouvernement de George W. Bush qu'il accuse de vouloir le renverser voire l'assassiner tandis que Washington a qualifié ouvertement le président vénézuélien de "facteur de déstabilisation" pour la région. L'expulsion des missionnaires semble également liée aux appels lancés contre Hugo Chavez par le télévangéliste américain Pat Robertson. "Il est probable que le conflit lié aux opinions de Pat Robertson ont réveillé l'animosité (contre ces missionnaires)", a estimé le sociologue Alexander Luzardo, auteur d'ouvrages sur les "Nouvelles Tribus". Selon le général Alberto Müller Rojas, qui avait déjà dénoncé l'existence de ces missionnaires lorsqu'il était gouverneur de l'Etat d'Amazonas (sud) entre 1984 et 1985, les "Nouvelles Tribus" sont "étroitement liées" au télévangéliste américain. Ils appartiennent à ces groupes protestants qui ont proliféré aux Etats-Unis (...) et sont "au coeur du soutien au président Bush", a-t-il estimé. Selon les experts, les "Nouvelles Tribus" sont entrées clandestinement en 1946 au Venezuela, obtenant un permis pour y demeurer en 1952 sous la dictature de Marcos Pérez Jiménez (1952-58).