1. Pour un athéisme militant (position personnelle)
Les religions sont toutes absurdes dans leurs dogmes et nuisibles dans
leurs actions idéologiques, culturelles et politiques. Mais il
n'est pas question, de les faire interdire, d'empêcher leurs
pratiques, ou de les aider à se fabriquer de nouveaux martyrs.
Il nous faut par contre:
* utiliser les moyens d'expression à notre disposition pour dénoncer
leurs absurdités et malfaisances, en essayant de convaincre un maximum
de gens raisonnables,
* utiliser l'ironie et retourner contre elles les ridicules de
leurs discours et de leurs pratiques,
* limiter leurs propagandes (dans les médias) et les contrer,
* les empêcher (autant que possible!) d'utiliser des fonds publics
aussi bien que privés(1),
* montrer qu'un humanisme athée est possible sans le moindre
"problème" (malgré C. Tresmontant, "Les problèmes
de l'athéisme", 1972), ni le moindre "drame" (cf H. de Lubac, "Le
drame de l'humanisme athée").
Cela implique logiquement de lutter pour défendre les libertés
individuelles et les Droits Humains, et de s'opposer aux divers
obscurantismes qui ne sont pas seulement religieux (la "pensée
unique", les pseudo-sciences).
Un ouvrage de référence: G. Minois, Histoire
de l'Athéisme, Fayard, 1998.
Note (1): car lorsque des entreprises subventionnent les JMJ, elles détournent vers la propagande cléricale des fonds qui auraient pu être utilisés à l'autofinancement et à la création d'emplois.
2. L'église catholique et sa position idéologique dominante.
Des lecteurs s'étonnent souvent que je consacre beaucoup de mes
pages à critiquer l'église catholique et relativement peu autres
religions et aux sectes, lesquelles seraient bien plus dangereuses.
Je pense que toutes les sectes et toutes les religions sont nuisibles, mais pas de la même façon. Sans chercher à décerner de Grand Prix de la Nuisance Religieuse, je me contenterai de quelques observations:
1. Les rôles locaux des religions sont très différents
d'un pays à l'autre. Au niveau mondial, c'est l'église catholique
qui domine, sur le plan idéologique (en nombre de croyants, c'est
peut-être l'Islam; à vérifier).
Elle s'efforce de faire adopter ses vues par l'ensemble du monde occidental
(en agissant auprès de l'Union Européenne et des Etats-Unis)
et in fine par le monde entier, via la mondialisation qui est aussi
culturelle et juridique.
Grâce à son organisation multinationale et à sa
puissance financière, le "Saint"-Siège s'efforce de constituer
une "Internationale Religieuse", qui n'hésite pas à aider à
la promotion des autres religions face à l'ennemi commun, "l'athéisme".
L'oecuménisme, c'est principalement une mise en commun de moyens idéologiques
et médiatiques (et cela concerne, pour l'instant, catholiques, protestants,
juifs, et peut-être orthodoxes).
L'Islam est à la fois un concurrent de cette "Internationale" et
un allié pour combattre la laïcité, en particulier en
France. L'hostilité de principe de beaucoup d'Etats musulmans au monde
occidental (colonialiste -- il l'est toujours via la mondialisation) rend
difficile à l'Islam de la rejoindre.
La convergence de toutes les religions "du livre" dans une conception
de la société hostile à l'autonomie des individus s'est
particulièrement manifestée à la conférence
internationale du Caire, et persiste mais de manière plus discrète.
2. Le développement et l'influence d'une religion (ancienne ou nouvelle) ne peuvent être séparés de l'ensemble politique, économique, social et culture où elle s'insère. A vouloir séparer "le religieux" du reste, on en est réduit à étudier les religions en tant que dogmes, donc de points de vues uniquement intellectuels et philosophiques, et l'on rate les composantes politiques et sociales. Celles-ci sont déterminantes pour comprendre, par exemple, le développement de l'Islam en France, la renaissance religieuse en Russie, et le développement des sectes en Russie, en Afrique, en Amérique du Sud (pour ne prendre que quelques exemples).
3. Si l'athéisme de fait se développe, si les pratiques
sont en baisse constante, le désarroi idéologique actuel
conserve aux religions traditionnelles une place importante et favorise
le développement des nouvelles, aux dépens du rationalisme.
Ainsi se développe également (ou ne semble pas vraiment
régresser) l'irrationalisme, sous de multiples formes: astrologie,
psychologie de magazine, pseudo-sciences, xénophobie, nationalisme
agressif, etc ... Cette place importante des religions, est relayée
par les médias qui font preuve d'une complaisance étonnante
vis à vis des "événements" religieux, surtout de ceux
qui sont le fait des catholiques (JMJ(C), repentances, voyages du pape).
4. Toutes les religions cherchent à influer dans le sens
de leurs dogmes sur l'adoption des lois, lesquelles vont s'imposer
à tous, même aux athées. C'est vrai du Christianisme,
de l'Islam, du Judaïsme ou de l'Hindouïsme. (Le Japon, par contre,
est peut-être le pays le plus laïque du monde.)
Ainsi l'église catholique s'oppose frontalement aux droits individuels
dès qu'ils dérogent à ses dogmes (euthanasie, avortement volontaire,
stérilisation par vasectomie, utilisation d'embryons pour la recherche
médicale, PACS et législations analogues).
Elle s'efforce de bloquer les débats sur ces questions, de faire
verrouiller les législations (par un lobbying intense dans la négociation
des traités et conventions internationaux).
Elle intimide les politiques, y compris ceux qui se disent laïques,
en agitant les "grands principes" aux dépens de toute réflexion
humaniste mais athée.
Elle étend son influence aux journaux qui ne s'affichent pas comme
religieux mais font néanmoins sa promotion ("Le Monde", "Le Nouvel
Observateur", "Télérama", "Le Figaro").
5. L'Islam, en tant que dogme, n'a pas l'audience mondiale du catholicisme.
Il nuit surtout aux populations des pays où il domine, ainsi
qu'à celles des "communautés" qu'il encadre dans les pays
où il n'est pas la religion dominante. Son développement dans
les pays occidentaux et africains s'appuie sur les inégalités
sociales et l'exploitation de groupes sociaux importants, en particulier
des travailleurs immigrés. En réclamant le port du foulard
dans les écoles publiques, les musulmans intégristes cherchent
à déstabiliser encore un peu plus le système scolaire
public.
En réclamant la construction de mosquées sur fonds publics,
ils cherchent à s'approprier des ressources communes (ce que font
aussi les amateurs de football -- voir la construction du Stade dit "de
France" à Saint-Denis -- et d'opéra -- voir les subventions
à l'Opéra de Paris). L'étape suivante sera de revendiquer
la pollution sonore de l'appel à la prière. Le vote des immigrés
aux élections municipales peut être dangereux à cet
égard. (A Bradford en Angleterre, la majorité musulmane avait
demandé des piscines séparées pour hommes et femmes.)
Tout cela est néfaste, mais je n'y vois pas une influence aussi
fondamentale que celle de l'église catholique sur les lois concernant
l'ensemble des citoyens (du monde entier, car je pense aussi aux traités
internationaux).
Si l'application de la Charia est désastreuse pour les
citoyens des pays concernés, on n'a guère à craindre
qu'elle inspire les législations occidentales ou internationales. Le
danger, c'est son application locale, pas le biais du communautarisme
qui se pare du terme bien-pensant et à la mode de tolérance,
et s'appuie sur l'incompréhension très générale
du principe de laïcité. (Il faut également récuser
les "valeurs asiatiques", prétexte au refus du principe des Droits
de l'Homme).
Dans les pays occidentaux et pour freiner la progression de l'Islam intégriste,
l'urgent, c'est le respect des personnes, de leurs droits sociaux. C'est
le refus des discriminations et la résorption des inégalités.
C'est aussi la dénonciation de l'étrange tolérance,
c'est-à-dire de l'aveuglement, dont les juristes (du Conseil d'Etat!),
les intellectuels et les médias font preuve vis-à-vis de l'Islam
intégriste (affaires de foulards), des autres fondamentalismes, ainsi
que vis-à-vis du religieux en général, qu'ils n'osent
pas critiquer.
6. Les infiltrations sectaires dans les milieux politiques, industriels, associatifs sont dangereuses. C'est l'esprit critique de tout un chacun qui est la meilleure protection. Malheureusement, les médias et autres affairistes (y compris les "spécialistes" de "sciences de l'éducation" et les psychologues médiatiques -- voir la revue "Psychologies" très proche de "Nouvelles Clés") n'hésitent pas à relayer le discours obscurantisme de J.-M. Lustiger (l'autre J.-M. L.) selon lequel le rationalisme serait la cause de la Shoah (et autres discours voisins sur la "perte du sens")!
7. En conclusion, les critiques que je développe dans mes pages visent à démontrer les contradictions des discours religieux (par exemple, aux repentances devraient logiquement être associées des "décanonisations"), et cherchent modestement à s'opposer au bourrage de crâne relayé par les médias, pour lui substituer l'esprit critique et la raison.
(Ce texte a bénéficié des critiques formulées sur une version préliminaire, diffusée dans ma lettre électronique. Je remercie celles et ceux qui me les ont adressées.)
3. Textes et citations
Gravure extraite de
Histoire illustrée du clergé et des congrégations,
par L.Taxil (voir sa biographie)
Paris, Librairie Anticléricale, 1880