Annonce: Pour une anthologie de la littérature anti-religieuse.
J'ai entrepris de constituer une anthologie de la littérature anti-religieuse. Laissant de côté les fabliaux, le Décaméron et autres textes de la même veine (tels que l'excellent Moines et Nonnes dans l'océan des péchés, Chine, Ed. Ph. Picquier) car s'ils critiquent vigoureusement le clergé, ils l'acceptent comme composante de la société et ne récusent pas son rôle, je commencerai mon anthologie au XVIII ième siècle, avec Diderot, Voltaire, Sade. Viendront ensuite P.-L. Courier, Oskar Panizza, des romanciers de la fin du XIXième (voir ci-dessous), les surréalistes, Hochhut (pour Le Vicaire), et sans doute d'autres. Merci de vos suggestions, en particulier pour les domaines ibérique, italien, germanique, anglo-saxon. Il faudrait peut-être y rajouter quelques anciens dont Lucien.
Autour d'un clocher, moeurs rurales
H. Fèvre et L. Desprez, 1884
Réédition avec introduction et notes par Mont Analogue, 1992, 1 rue Corvisart, 08090 Aiglemont, 130F, 297 p.
Ce roman naturaliste raconte, entre autres choses, les amours du curé Chalindre avec l'institutrice "laïque" d'un village de vignerons. L. Desprez a été condamné à la prison pour cet ouvrage. L'édition mentionnée ci-dessus rétablit les passages censurés et présente le dossier du procès.
Extraits.
-- Mais, ma chère dame, expliquait filandreusement l'abbé Chalindre, il faut que tout le monde vive, soyez donc raisonnable. Nous disons 8 messes à 20 sous pour l'âme de votre mari. Remarquez que Monseigneur nous ordonne de prendre 30 sous, c'est la règle. Je consens à vous quitter 50 centimes, mais davantage c'est impossible.
-- M'sieur l'curé, je n'vous réclame point d'me quitter queuque chose; j'vous demande seulement d'associer dans vos prières ma mère à mon pauv'mari défunt. Au lieu d'dire tout simplement: c'te messe est pour le repos d'l'âme d'Jean-Baptiste Coronet, vous rajouterez: et d'Jeanne-Michel. Quat'mots M'sieur l'curé, v'là-t-il eune affaire!
-- Permettez, permettez, pour 20 sous je ne recommande qu'une personne. [...]
-- [...] Mais ces messes, quand les direz-vous? Ça presse; les voisins s'étonnent que depuis 6 semaines qu'mon mari est mort, j'n'ai encore ren fait chanter pour l'repos d'son âme. (p. 30)
[Rackett écclésiastique:]
M. le curé, féroce, poussa un coup de pointe à l'endroit douillet.
-- Voyons, père Hubinet, je suppose que vous mouriez demain. Mon Dieu, vous êtes d'un âge où il faut se préparer. [...]
Depuis quelques jours, je ne vous trouve pas bonne figure. [...]
Comptez-vous beaucoup sur vos parents pour soulager votre âme?
Croyez-vous qu'ils dépenseront seulement 100 sous pour vous faire dire des messes? Les vivants oublient bien vite les morts, et chacun doit songer à soi. Ainsi, moi, tout prêtre que je suis, je lègue par testament 6000 francs (1) à la paroisse, pour un service solemnel, le jour anniversaire de mon décès.
Vous devriez m'imiter et me confier ces titres de rente dont vous m'avez parlé l'autre jour. Je vous servirais la rente à 5%, votre vie durant, et puis cet argent retournerait à la fabrique (2) après votre mort. Vous toucheriez encore les intérêts. [...]
Dur à décrocher , Hubinet. Mais le prêtre gesticulait tant, soûlé de paroles, devenait si imposant, si insinuant, que le père Hubinet fit décidément la pirouette, se leva lentement de devant le feu [...] lambina vers l'armoire, entrebâilla la porte d'où s'exhala une bonne odeur d'iris et de vieux linge, et de dessous les piles de draps, retira des papiers jaunis qu'il reluqua tendrement, masqué par la porte; prudemment, il en recacha la moitié et déploya le reste sur la table: de vénérés titres de rente à 3 % qui capitalisaient 3000 F. [...]
Le bonhomme brusquement enchiffrené, parla d'un reçu, d'une garantie. [...] Comment, le père Hubinet se méfiait !
Un legs à l'église ne se fabriquait pas sans formalités, voulait être griffé de la signature de Monseigneur. On accoucherait de l'acte à tête reposée. Fi ! le vilain ! marchander avec le bon Dieu qui pourrait bien un jour le reléguer dans un coin du Purgatoire ! (p. 137-139)
[Sous la pression des protestatations des héritiers et de l'opinion publique, le curé sera finalement obligé de rendre les titres de rente.
Notes: (1) Un franc de 1884 correspond à 20 francs actuels.
(2) fabrique: ensemble des clercs et des laïcs qui administrent les fonds affectés à l'entretien d'une église. Ce terme s'emploie toujours dans les départements d'Alsace et de Moselle qui n'appliquent pas la loi de 1905.]
L'abbé s'était écroulé sur elle, l'allongeait, l'éparpillait sur le tapis, la pétrissait, pourpre comme un coquelicot, les yeux goulus, les lèvres paillardes. et elle eut beau se démener, se raidir, faire la méchante, les bras arc-boutés sur la poitrine du curé, se tordre comme une couleuvre, sans oser crier pourtant, de peur d'un scandale, rien n'y fit: l'abbé la mata, l'enlaça, la berça toute chaude dans ses bras, la serra comme un étau, applatit contre lui les mamelles rebondissantes, la suça, la mangea, la pâma, alanguie dans un laisser-aller de béatitude. Et ils restèrent là un bon moment, à se têter les lèvres, à se respirer jusque dans le fin fond des poumons; puis tout d'un coup, en affamé, l'abbé, se dressant à moitié, troussa la dame, leva le voile du tabernacle, fourrageant en affolé dans les linges qui sentaient la femme à pleine gorge, lui écarquilla les cuisses et la goupillonna en conscience. (p. 160, passage censuré par décision du tribunal.)
[Ils manquent d'être surpris, mais le seront finalement, dans le clocher, en pleine "confession"; le conseil municipal envoie alors une lettre au préfet d'où résultera la révocation de l'institutrice et le départ du curé, sous les huées, pour un autre diocèse. Extrait de la lettre:]
[...] M. C. Foloreil, conseiller municipal et sonneur de la paroisse, se transportant au clocher pour remonter l'horloge de la commune, a surpris Melle l'institutrice et M. le curé dans une posture sur laquelle ma modestie ne me permet pas d'insister.
Détournons les yeux de ce triste spectacle: l'Education publique dans les bras de la Religion ! (p. 255)
L'hystérique
C. Lemonnier, 1884
Réédition: Lib. Séguier.
(En préparation)
Avis de recherche: Marc de Montifaud (pseudonyme d'une femme),
Les vestales de l'Eglise, Bruxelles, c. 1880.
Merci de vos suggestions pour d'autres titres.
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