Salle des Thérèses

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de mon Musée Virtuel Irréligieux.

Il n'eut qu'un geste pour se débarrasser de l'ample toge qui l'engonçait.

"Ma Trinité", annonça-t-il, et Thérèse en une illumination comprit le mystère le plus secret de la Foi. Le Père se dressait dans toute sa gloire, tendu vers le ciel, nimbé d'un gland rouge, résillé de veines lourdes comme les pampres de l'arbre de Vie, et solidement assis sur le Fils et le Saint-Esprit, gonflés de saine et forte sève dans leur auréole scrotale.

 Thérèse se signa. Qui ne connaîtrait son appréhension à l'idée d'accueillir en soi, tout entier, son Créateur? Marie, comment as-tu fait?

(Extrait de "Sans témoins", par J.-C. Bologne, Ed. Zulma, Paris 1996.) Il s'agit de Thérèse d'Avila (1515-1582) dont les extases érotico-mystiques sont bien connues. Je me contenterai de citer le passage suivant (extrait de "Anthologie des lectures érotiques" de J.-J. Pauvert, Stock/Spengler 1995, ci-après dénommée La Bible, volume 1, page 582).

Je voyais près de moi, à ma gauche, un ange dans sa forme corporelle [...].
Je voyais dans ses mains un long dard en or, avec, au bout de la lance, me semblait-il, un peu de feu. 
Je croyais sentir qu'il l'enfonçait dans mon coeur à plusieurs reprises, il m'atteignait jusqu'aux entrailles, on eût dit qu'il me les arrachait en le retirant, me laissant tout embrasée d'un grand amour de Dieu. 
La douleur était si vive que j'exhalais ces gémissements dont j'ai parlé, et la suavité de cette immense douleur est si excessive qu'on ne peut désirer qu'elle s'apaise, et que l'âme ne peut se contenter de rien de moins que de Dieu. 
Ça n'est pas une douleur corporelle, mais spirituelle, pourtant le corps ne manque d'y participer un peu, et même beaucoup.

 

 

"L'extase de Thérèse" est une oeuvre du Bernin (1647-1652) visible à Rome, Sta Maria della Vittoria.





Sur le thème de l'extase vous avez aussi (ci-contre): "La bienheureuse Ludovica Albertini" toujours à Rome, à San Francsco a Ripa.

La bienheureuse Ludovica vous indiquera la salle suivante, si vous le lui demandez gentiment.(F. Rops a également dessiné plusieurs "saintes" en extase.)

Un livre de René Pommier, en ligne sur son site :

http://rene.pommier.free.fr,

dont voici la très pertinente conclusion:

Je n'aurai certes pas l'outrecuidance de donner des conseils au Saint Père, que l'Esprit-Saint ne cesse d'assister,
mais il me semble pourtant qu'une première décision s'imposerait de toute urgence :
étendre le dogme de l'Immaculée Conception, qui ne concerne jusqu'ici que la seule Vierge Marie, à Thérèse d'Avila.
Car comment peut-on imaginer que celle que le Christ a choisie pour Epouse, celle à laquelle il a dit :
"ton honneur est le mien, mon honneur est le tien", puisse avoir été souillée par le péché originel ?
Sans parler de la crédibilité de l'Eglise, il en va de l'honneur du Christ lui-même.
Nul doute que l'enthousiasme suscité par une telle décision dépasserait encore celui qu'a soulevé
la révélation du troisième secret de Fatima; nul doute qu'elle comblerait le désir inconscient,
mais certainement très profond, d'innombrables croyants; nul doute qu'elle serait de nature à provoquer un
puissant renouveau des vocations monastiques et constituerait pour le pontificat de Jean-Paul II
le plus extraordinaire des couronnements !


Dans la même veine ironique, Oscar Panizza avait suggéré que la divinité catholique comporte 5 personnes :
les trois personnes canoniques plus la "Vierge" Marie et le pape.





Autour d'un prénom (biblio-filmographie)

Thérèse philosophe, Boyer d'Argens (?), 1748, voir La Bible vol. 1;
Trois filles de leur mère, P. Louys, voir son "Oeuvre érotique", éd. Sortilèges, 1994: la mère qui prostitue ses trois filles s'appelle Teresa;
Initiation amoureuse, Anonym. Gravures de Suzanne Ballivet, reproduites dans l'anthologie Erotica (ed. Taschen 2001) pp. 432-438. (L'héroïne se nomme Thérèse).
Lettre à Thérèse , anonyme, 1948, voir La Bible, volume 4;
Thérèse ou la soumission, Claude Sadut, 1963, Cercle du Livre Précieux, voir La Bible, volume 4;
Le chemin des écolières, par Juliette Cazal, Flammarion 1957, cf. B. Joubert, Anth. Erot. de la Censure, pp. 197-200. (Une des deux héroïnes se nomme Thérèse).
Thérèse et Isabelle, Violette Leduc, 1966, éd. Gallimard, voir La Bible volume 4;
- Qu'est ce que Thérèse? C'est les marronniers en fleur , José Pierre, éd. Soleil Noir, 1974
Le mythe de mère Teresa, ou Comment devenir une sainte de son vivant grâce à un excellent plan média, C. Hitchens, 1996, éd. Dagorno (voir aussi);
Thérèse, film très "zen" d'Alain Cavalier, nous montre l'absurdité et le vide de la vie monastique (il s'agit de "Sainte" Thérèse de Lisieux, doctoresse de l'église);
Enfin, dans La Voie Lactée de L. Bunuel (1968), M. Piccoli joue le Marquis de Sade et déclame:

"Non, Thérèse, non, il n'est point de "Dieu". Tu comptes sur un dieu vengeur: détrompe-toi, Thérèse, détrompe-toi, le dieu que tu te forges n'est qu'une chimère dont la sotte existence ne se trouva jamais que dans la tête des fous; c'est un fantôme inventé par la méchanceté des hommes, qui n'a pour but que de les tromper, ou de les armer les uns contre les autres. Ah! s'il existe, ton Dieu, que je le hais, thérèse, que je l'abhorre!"

(extrait de "Justine ou les Malheurs de la Vertu").
Teresa, opéra de P. Bourgeade et M. Constant dans lequel le Marquis de Sade ressuscite Thérèse d'Avila et s'en fait aimer avant d'aller avec elle en enfer.
Thérèse est le vrai nom du faux castrat Bellino, l'une des conquêtes de Casanova (Voir Chantal Thomas, Casanova, un voyage libertin, Denoël, 1985)

L'humour de P. Louys:

 Une demi-heure après, la mère entrait chez moi. Dès le premier regard mon roman se compliqua tout à coup. La mère était beaucoup plus belle que la fille ... Je me rappelai son nom: Teresa.
A peine couverte d'un peignoir serré qui tounait sur sa taille souple, elle refusa le fauteuil que je lui offrais, vint s'asseoir au bord de mon lit et me dit à brûle-pourpoint:
-- Vous avez enculé ma fille, monsieur?

 Oh! que ces questions-là me déplaisent et que j'ai peu de goût pour les scènes de ce genre. Je fis un geste noble et lent qui ne voulait rien dire du tout... Elle y répondit.
-- Ne protestez pas. C'est elle qui vient de me le raconter. Je vous arracherais les yeux si vous l'aviez dépucelée; mais vous ne lui avez fait que ce qui lui est permis...
(Chap 2, page 252 de l'édition citée).

 Une école maternelle de Montpellier honore l'érotisme (littéraire).

La ville de Montpellier vient de nommer "Ecole Maternelle Teresa" une école maternelle, sans préciser de quelle Teresa il s'agit. J'y vois un hommage à l'héroïne de P. Louys et aux nombreuses Thèreses et Teresas qui l'on précédée et suivie dans les romans libertins.
Il est donc tout à fait réjouissant que cette littérature soit ainsi honorée, fut-ce de façon subliminale.
Si une autre école maternelle cherche un nom, je proposerais qu'elle soit nommée: "Ecole Maternelle Emmanuelle".

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