Tribune des Athées - no 100 - septembre 1999

Editorial

 

Diffamation permanente

Deux adhérents, Henri Fabre et Claude Libert, m'ont fait parvenir, indépendamment mais sur le même sujet, un courrier que je trouve alarmant à plus d'un titre.

Dans sa correspondance du 30/08/99, H. Fabre me communique copie d'une lettre adressée au journal "Le Monde", se référant à leur publication du 8 et du 9 août, où se lit une lettre de lecteur intitulée "Les massacres de l'athéisme". Cet honorable correspondant utilise une fois de plus ce mythe diffamatoire, devenu dogme au Vatican, pour tous les cléricaux et la plupart des croyants, selon lequel Hitler et le régime nazi étaient athées. Dans sa lettre à ce respectable journal, H. Fabre argumente de manière concise mais irréfutable en citant quelques extraits de "Mein Kampf", une des bibles les plus importantes du nazisme. Sa lettre, envoyée le 10/08/.99, brève et très polie, ne fut pas publiée, elle, ce qui eût pourtant été la moindre des corrections pour un journal qui se voudrait tant soit peu objectif.

Quant à lui, C. Libert me signale l'intéressante émission d'ARTE du samedi 4 septembre à 19 h. : "Histoire parallèle". Le présentateur Marc Ferro dialogue avec un invité allemand. Celui-ci déclare sans complexes : "Hitler et le régime nazi étaient athées"; sans doute est-il un lecteur du "Monde", ce qui n'est pas très grave, mais cette injure ne souleva pas la moindre protestation, mise au point ou même simple éclaircissement de la part dudit présentateur.

Voilà des gouttes d'eau qui finiront par faire déborder le vase, et Mgr Lagoutte le bien nommé, si prompt à traîner devant les tribunaux tout quidam égratignant tant soit peu sa respectable, paisible et si bienfaisante église catholique, ferait bien de se rappeler ce très antique proverbe datant du paléolithique supérieur : "Tu rigoles de la fourmi qu'il y a dans mon assiette, mais tu ne vois pas le mammouth qu'il y a dans la tienne, gros imbécile prétentieux !" (proverbe réactualisé sous la forme moderne de "la paille et de la poutre", mais que ferait donc une poutre dans un œil ? Je préfère la version originale, attestée d'ailleurs par de nombreuses peintures rupestres).

Cet invité allemand ferait lui aussi bien de se souvenir que dans son très religieux pays on condamne sans hésitation à des peins inhumaines (par exemple le "Berufsverbot", autrement dit l'interdiction d'exercer son métier, ce qui équivaut à l'excommunication catholique du moyen-âge, en pire) tout personne affirmant, même preuve argumentées à l'appui, que l'église catholique est une des plus grandes organisations criminelles de tous les temps, ce qui peut peut-être sembler excessif, mais en tous cas pas vraiment faux.

Une autre émission d'ARTE avait déjà, il y a quelque temps failli me faire bondir. Il s'agissait de la série géopolitique, cette fois à propos de l'Irlande. Dès le début, afin sans doute d'instruire correctement les nombreux téléspectateurs, le commentateur mettait définitivement les choses au point : "Il ne s'agit pas d'une guerre de religion" et, dans la suite de l'émission, sans doute pour mieux illustrer son propos, il n'était question que de l'opposition entre catholiques et protestants.

Le même mensonge grotesque s'est utilisé concernant la Yougoslavie, où l'on ne parlait que de musulmans bosniaques, de catholiques croates et d'orthodoxes serbes, qualifiés au départ de communistes athées, mais cela paraissait un peu gros. Et le brave et honnête PPDA d'argumenter : "Il ne s'agit en aucun cas d'une guerre de religion, d'ailleurs, mère Teresa était albanaise. " Irréfutable, y a pas, faut être logique , comme disait le hérisson en descendant d'un brosse à reluire.

On allait même, dans les commentaires débiles qui nous servent. généralement d'information, jusqu'à nous parler de conflit nationaliste et ethnique entre Croates, Musulmans et Serbes, et le commun des mortels, un peu bébête comme moi, de se demander : "C'est quoi comme religion "croate" ? C'est quoi comme nationalité "musulman" ? C'est quoi comme ethnie "serbe" ? Pourriez-vous s'il vous plaît clairement m'expliquer la différence "ethnique" entre un Croate, un Bosniaque et un Serbe sans vous référer aux religions dominantes de ces contrées, imposées par les occupants successifs ?

Ou alors seriez-vous un peu raciste ? L'état croate (catholique) indépendant : vieux rêve des maîtres du Vatican. Slovénie et Croatie, fermes remparts contre l'islam et l'orthodoxie. L'église toute entière associée "pour la bonne cause" aux intérêts du IIIème Reich, fonctionnant toujours sous le vieux slogan "Gott mit uns" (Oh ! Les méchants athées que voilà !) Volonté politique sur fond religieux qui provoqua des actes d'une barbarie à peine soupçonnables aujourd'hui entre ces peuples que l'endoctrinement religieux a opposés jusqu'à la haine fratricide et irrationnelle, terrain fertile pour appliquer le nazisme sous toutes ses formes, dans toute la splendeur de sa vérité.

Saint Stepinac, priez pour nous !

Vieux rêve enfin réalisé aujourd'hui, grâce cette fois à la sainte alliance, autour du Vatican toujours, de la constante et très chrétienne Allemagne, partenaire décidément très fidèle, et des étasunisiens, vieux peuple de racketteurs connu pour sa grande sagesse, d'une moralité irréprochable, paisible et d'un humanisme si politiquement correct, inventeur et grand défenseur devant l'éternel des "droits de l'homme" et qui jamais ne nous a menti (cf A. de Vigny "Chatterton").

Que de leçons n'avons-nous pas à prendre de ce pays exemplaire qui, jamais non plus, n'a connu le racisme, lui !

En attendant d'être plus évolués, nous faisons bien, barbares ignares que nous sommes, de suivre aveuglément leur politique qui nous coûte si cher et leur rapporte tant.

Certes, les Serbes ne sont pas des enfants de choeur, loin de là, et les Kosovars non plus d'ailleurs, mais de là à lécher les bottes (et le reste) de ce bon croyant de Tudjman, ami personnel des chefs coalisés, tellement révisionniste qu'il fit, avant toute chose, raser le musée et le camp de Jasenovac seulement pour se conforter dans son opinion qu'il n'avait jamais existé, ce que tout le monde sait d'ailleurs aujourd'hui : CM ne signifie pas "camp de la mort" mais bien "Club Med'".

Que "Le Monde" publie une lettre de lecteur, sous le titre "Massacres de l'athéisme", affirmant l'athéisme des nazis, soit; je suis suffisamment défenseur de la liberté d'expression pour ne pas même être choqué par un tel mensonge, une telle stupidité, contrevérité émise par un ignorant endoctriné (il avait sûrement lu "Le livre noir du communisme" et s'est cru tout à coup très instruit).

Mais ce qui est inadmissible, et qui tient de l'escroquerie intellectuelle, c'est le refus de publier une lettre, pourtant courte et pas du tout agressive, d'un autre lecteur qui demande simplement que l'on mette les choses au point.

Par ailleurs, dans ce même journal, on publie une véritable saga sous le titre "Les génies du christianisme" (voir p.10 de cette "Tribune"), où les massacres et autres épurations ethniques commis avec l'appui et les recommandations de notre si bienfaisante église catholique au nom de ce dieu si bon, si généreux et si plein d'amour ne se lisent qu'entre les lignes, mais où nous sont présentés comme "génies" des hommes comme vous et moi, simplement un peu moins fanatiques, un peu moins barbares et un peu moins sanguinaires que leurs semblables (cons)temporains.

Quel éditeur, ou éditrice, aura assez de choses où il faut pour publier un jour un livre, très volumineux celui-là intitule "Les massacres religieux"? Encore faudra-t-il trouver l'historien suffisamment érudit et courageux pour s'attaquer à pareille besogne d'envergure...

Que d'acrobaties périlleuses et d'efforts mensongers accomplis par nos médias pour occulter systématiquement les motifs ou même les prétextes d'origine religieuse dans les conflits les plus sanglants et les plus ignobles, pour ignorer l'appui moral, politique et financier que l'église la plus respectée d'occident a toujours apportée aux dictateurs les plus bêtes et les plus méchants, ou, à défaut, aux régimes politiques les plus répugnants.

N'est-ce pas ce bon M. Pinochet, humaniste éminent, homme "honnête" et libre, celui qui a sauvé le Chili d'un massacre épouvantable, qui, après avoir seul et sans armes courageusement assassiné son prédécesseur et rival, homme malhonnête et prisonnier de son idéologie néfaste, déclarait avoir rétabli une paix harmonieuse grâce à l'intervention de "la main de Dieu", affirmation reprise en écho par tous les dignitaires ecclésiastiques du pays ?

N'est-ce pas le très respectable M. Pic Botha, homme d'état très religieux qui justifiait il n'y a guère sa politique raciste de l'apartheid, une main sur son bon coeur de bon "boer" luthérien débordant d'amour et l'autre sur la Bible, livre plein de sagesse antique, lequel inspirait directement son attitude d'humaniste averti ?

N'est-ce pas le très religieux et très populaire ordre du Ku Klux Klan qui aurait pour but le plus avouable, parmi d'autres qui le sont moins, de chasser de son beau pays peuplé de grands hommes blonds aux yeux bleus tous les juifs et les "hommes de couleur", à coups de Bible et d'Evangiles précisément ?

Ne sont-ce pas ces tranquilles et très religieux habitants de Palestine et de Judée, doux pays de vignes et de miel qui vit naître les croyances les plus respectables, tous fils de Sem pourtant, qui s'entr'égorgent sans fin au nom d'une différence que l'on ne verrait pas si on nous les montrait habillés comme Adam au jour de la création, même après la mystérieuse opération chirurgicale que leurs prêtres respectifs leur font subir, malgré eux, et en dépit du droit le plus élémentaire ?

Quelle différence sinon religieuse, et encore, pour autant que l'on examine les textes, leur dieu porte-t-il le même nom !

Oserai-je citer le génocide du Rwanda, où la complicité du Vatican n'est plus à mettre en doute, mais que l'on ne vous rappellera plus jamais, pour autant que l'on vous en ait parlé ?

Que dire encore des massacres entre musulmans et hindouistes, des guerres menées par les "talibans" et autres enturbannés de frais et même du très sage dalaï-lama, chef religieux d'un état théocratique et moyenâgeux, inondant nos librairies d'ouvrages d'une spiritualité aussi peu orientale que sirupeuse ? Il finira bien par conduire son pays à la guerre.

Et le Timor oriental ? Ne sont-ce pas les endoctrinés chrétiens, par les Portugais cette fois, qui réclament leur indépendance ? Les premiers "humanistes" qu'on a vu se dresser pour défendre leur cause étaient prêtres, et à Lisbonne, on organisa une grand-messe rassemblant un bon millier de fidèles afin de prier pour la paix. Prie-t-on pour les sécessionnistes Basques, ou Corses ? Ne sont-ils pas chrétiens, eux aussi ? Déjà on parle de génocide. Y a-t-il un gène chrétien ? Et gare à ceux qui contesteraient l'existence de ce crime...

Bien sûr, lorsqu'il s'agit de luttes entre tenants d'autres religions que le christianisme, le fait est mentionné, mais jamais on n'insistera trop sur l'aspect religieux, par crainte de faire le nid de l'irréligion ou de l'athéisme.

Bien entendu aussi, par l'alliance inévitable de la croix et du dollar, on qualifiera de "massacres de l'athéisme" les exactions et les crimes commis par les régimes dits communistes. Cela sous prétexte que ces régimes politiques sont supposés s'inspirer du marxisme, dont une des composantes était évidemment l'athéisme, Marx ne s'étant pas gêné pour démontrer l'effet néfaste des religions sur l'individu et les sociétés.

Par ailleurs, ces mêmes détracteurs primaires du communisme, ce qui est leur droit le plus strict, et ils feraient aussi bien justement de traîner dans la boue tous les régimes autoritaires, s'efforcent de présenter ce même communisme comme une "religion séculière", le pape en tête.

Voilà de la belle logique, rien de plus cohérent : 2 et 2 font 5, parce que si j'en retranche 4 ça fait bien 1, ce qui est quand même juste, non ? Des athées religieux, mais où allons-nous ?

Tout individu qui en tue un autre au nom de ses convictions, et qu'elles soient "religieuses" ou autres, s'est forgé une telle certitude de sa Vérité qu'il ne peut être qualifié d'athée. Ce phénomène s'appelle la foi et ne fait pas partie de la démarche de l'athée, mais de celle du religieux. La "Vérité" ne libère pas, comme veulent nous le faire croire les religieux, mais elle enchaîne, et y croire conduit au fanatisme.

Et on nous présente les déportations de prêtres (orthodoxes) comme de l'intolérance religieuse d'un régime "athée", alors que ce problème est tout différent. Tout régime politique qui décide de s'opposer au gangstérisme des cléricaux, c'est-à-dire qui refuse de puiser dans les deniers publics pour continuer d'alimenter les biens matériels des églises, ou des associations soi-disant caritatives ou décrétées "d'utilité publique" qui en dépendent, soulève immédiatement des cris de protestation de la part des bénéficiaires dénonçant alors l'intolérance et la persécution religieuses.

C'est ce qui empêche, aujourd'hui encore, dans nos états pseudo-laïques, de mettre fin à l'hémorragie financière en faveur des églises reconnues, les autres étant décrétées sectes (il faut bien limiter les dégâts !) et passibles de poursuites

C'est exactement ce qui est arrivé en Russie soviétique. Tous les popes et autres dignitaires de l'église orthodoxe se sont trouvés, de facto et par intérêt immédiat, opposants au régime, et beaucoup d'entre eux, profitant de leur ascendant sur leurs ouailles, se livraient à une critique sévère de la faction politique qui avait pris le pouvoir, mais en ne visant, pour la plupart, que l'aspect "athée" de celle-ci. Ce qui leur valut, comme dans tous les régimes dits révolutionnaires ou "forts", d'être traités comme tous les opposants, ou supposés tels : la déportation, l'emprisonnement ou l'élimination physique pure et simple.

Comme si il n'y avait eu que des curés dans le goulag !

La grande hypocrisie de ceux qui imputent à l'athéisme les excès d'un certain communisme tient à leur lâcheté ou à leur veulerie : ils n'osent, ou ne veulent, mettre le doigt sur le défaut de la plupart des régimes politiques, même parfois qualifiés de démocratiques, c'est-à-dire le refus, dans une mesure plus ou moins grande, d'admettre une opposition fondamentale.

Sans doute parce qu'eux-mêmes, esclaves de tous les pouvoirs, ne pourraient se comporter autrement. Mais qu'est-ce donc qu'une démocratie qui n'accepte pas la contestation ?

Ils oublient aussi volontairement ou par imbécillité que dans la plupart des pays, toute affirmation d'athéisme sérieuse ou toute critique pertinente du comportement religieux peut conduire à des sanctions allant de la "mise au ban" sociale (les amis que vous fréquentez, votre famille, votre milieu professionnel...) jusqu'à la condamnation à mort, pas moins.

Il est plus rentable de traiter les athées de nazis et de communistes sanguinaires. D'une pierre deux coups : on est politiquement correct et cela sans danger : on n'injurie que des gens à qui tous les pouvoirs refusent la parole et dont les braves gens, et les médias, démagogie oblige, préfèrent ignorer jusqu'à l'existence, cela leur donne bonne conscience.

Il devient hautement nécessaire de nous donner les moyens de mettre fin à ces diffamations, ou du moins de trouver des outils légaux nous permettant de nous défendre.

Et que l'on ne vienne plus nous farcir la cervelle de cette fameuse "culture chrétienne", valeur fondamentale de "l'occident".

Ma culture humaniste ne peut se fonder sur l'inutile et sanglant sacrifice humain d'un individu cloué sur un objet aberrant, mis à mort par un peuple maudit, source ou ferment de tous les racismes, ni d'une idéologie suicidaire ou criminelle qui nous promet une vie merveilleuse après la mort.

N'importe quel assassin fanatique et religieux est persuadé, depuis sa plus tendre enfance et à coups de "livres sacrés" sur la tête, qu'il conquiert le paradis absolu en tuant le mécréant.

Et puis, aucun "martyr" ne prouve l'objet d'une croyance, ni la "sainteté" de la victime; il ne prouve que la brutalité imbécile des meurtriers et des bourreaux.

D'ailleurs si la "culture" n'est pas tout à fait ce qui reste quand on a tout oublié (alors il ne reste rien), c'est, à mon avis, ce que l'on commence à apprendre quand on a réussi à évacuer comme unique celle qui nous a été imposée.

DIVERSION APPARENTE (mais je ne perds pas le fil)

On nous reproche trop souvent notre combat pour la liberté d'expression, envers et contre tout (et tous). D'aucuns, même parmi nos adhérents, estiment qu'il est dangereux de laisser parler les "falsificateurs de l'histoire", suivez mon regard.

Certes, pour beaucoup cela part d'une bonne intention (mais les chemins de l'enfer n'en sont-ils pas pavés ?). Pour d'autres, que j'espère moins nombreux, surtout parmi les faiseurs de lois, la motivation ressort plutôt de la naïveté et aussi, hélas trop souvent, de la démagogie pure et simple.

Si vraiment nous étions sincères, et que nous soyons persuadés qu'il faille fermer le clapet à tous les falsificateurs quels qu'ils soient, alors il faudrait punir et interdire de parole tous les directeurs de chaînes de télévision (et leurs "journalistes") ainsi que tous les responsables de grands journaux (et les petits aussi) - ils m'ont trop menti -, tous les dignitaires de toutes les églises et

de toutes les croyances, qui entre autres vous affirment ou vous obligent à croire à l'historicité de fables puériles tout juste bonnes à remplir d'admiration des attardés mentaux ("oui, mais ça fait pas de mal" - "non, peut-être ? ), une bonne partie des profs d'histoire précisément, qui nous décrivent comme "grands hommes" d'immondes crapules égoïstes et mégalomanes, un paquet de soi-disant philosophes qui ne racontent que ce que vous aimez entendre (il faut bien gagner sa croûte), et j'en passe et des meilleurs, comme certains de nos responsables politiques par exemple, quand il faut justifier les milliards (les vôtres) dépensés à une guerre inutile (pas pour tout le monde...).

Mais l'Histoire, on la falsifie tous les jours sous vos yeux ! Et sans que vous ne protestiez le moins du monde, puisque vous ne pouvez connaître que ce qu'on veut bien que vous sachiez et qu'on accepte de vous raconter. Comment pourriez-vous savoir si ce qu'on vous dit est "vrai" ou "faux" ? Selon que cela convient à vos sentiments ?

C'est regrettable, mais il faut le dire, l'histoire des hommes ne fait pas de sentiment.

Interdire par la contrainte ce que l'on juge faux ou même mensonger est une erreur, et ce à plus d'un titre.

L'interdiction, par contrainte légale, de l'expression d'une idée, d'une critique ou même de ce qu'on juge être un mensonge répand la suspicion sur la "vérité" que vous prétendez défendre. La réflexion des générations futures sera simple et immédiate : "N'avaient-ils donc aucun argument valable, autre que la force, pour défendre leur "vérité" ?", c'est sans doute que ceux qu'ils voulaient faire taire avaient raison."

La contrainte physique ne tue jamais une idée, même un mensonge ou une croyance. Les persécutions romaines à l'encontre des chrétiens n'ont pas eu pour effet d'éradiquer le christianisme. Les persécutions de l'église catholique, luthérienne ou calviniste contre les "hérétiques" n'ont pas unifié le christianisme, ni empêché l'athéisme. Et plus près de nous, les persécutions communistes contre les orthodoxes et leurs prêtres n'ont pas supprimé la pratique de la religion orthodoxe.

Loin de là ! Et la liste est longue...

Tous ceux qui s'imaginent que l'on "éduque " les gens avec des lois et des interdits ont déjà le virus du fascisme, et ceux qui se sentent "blessés" par des mots sont les mêmes qui d'une main paient les bombes et de l'autre prient pour la paix ...

Une loi qui par exemple interdit à l'exposition en librairie un ouvrage comme "Mein Kampf", et je prends volontairement cet exemple provocateur, est une loi stupide et hypocrite, et commet au moins une double erreur.

Si on espère par là qu'il ne sera pas lu est un rêve d'enfant naïf ou d'adulte gâteux : le nombre de pervers qui adorent lire des ouvrages justement parce qu'ils sont interdits est faramineux. Vouloir qu'il ne soit pas lu est idiot : comment voulez-vous que l'on se rende compte de l'imbécillité démentielle de son contenu. En vous croyant sur parole ? Et qui aura le droit d'avoir cette parole ?

Ceux qui justement veulent apprendre aux jeunes d'aujourd'hui, qui seront forcément les vieux cons de demain, l'Histoire à leur manière, celle des "bien pensants" qui veut que l'athéisme soit responsable de l'antisémitisme européen (une, parmi d'autres, des plus grandes hontes de notre "culture" chrétienne), et la preuve est facile : il suffit de nous enfoncer dans la tête à coups de crucifix et de dollars que les nazis étaient athées, et de rendre "tabou" ou d'interdire par des lois la publication d'ouvrages nazis de l'époque ou toute critique, même jugée mensongère ou fausse de cette période parmi les plus sombres de notre histoire .

Tous ceux qui croient que la culture et l'érudition se résument à la connaissance de quelques mots magiques se contenteront de cela, et admettront de plus que le nazisme se limite à l'antisémitisme, ce qui est une grave erreur.

Les écrivains, les soi-disant penseurs et philosophes, pas plus évolués mais qui parlent plus prudemment de "paganisme" ou de "religion païenne" voudraient bien paraître plus objectifs mais sont, en plus d'être hypocrites, tout aussi gros menteurs et falsificateurs d'histoire.

D'abord parce que ces termes, pour le commun des mortels, sont de plus en plus faussement assimilés à "athéisme", et puis, il suffit d'ouvrir, justement, le livre "interdit" pour découvrir que le névropathe mégalomane qui l'écrivit, avec l'aide d'un curé d'ailleurs, était profondément chrétien et justifiait, lui aussi, son antisémitisme par son orthodoxie religieuse :

"En me défendant contre le juif, je combats

pour défendre l'Oeuvre du Seigneur."

Ce "Seigneur" (Saigneur ?) étant, bien entendu, celui de la "culture" chrétienne de l'auteur. Rien à voir avec le paganisme.

Beaucoup de gens pensent que la loi Fabius-Gayssot est une bonne loi parce qu'elle permet de condamner, soi-disant, les négateurs de crimes contre l'humanité; peut-être, parfois, mais elle permet aussi de condamner d'autres gens qui n'ont rien à voir avec ces crimes, ou ne les nient même pas. Dans un premier temps, les braves gens disent :"Tant pis pour eux, ils n'avaient eux aussi qu'à se taire." Et ils sont bien contents Je ne puis, je l'avoue, être d'accord avec ce point de vue : "tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens" est en profonde opposition avec mon sens de la morale; mais il y a autre chose.

La loi punit ceux qui auront contesté l'existence d'un crime contre l'humanité tel que défini par un tribunal militaire.

On a évidemment laissé aux militaires le soin de définir ce qu'est un crime contre l'humanité : ce sont des spécialistes... Sans nous appesantir sur l'étrangeté qu'il y a à punir celui qui conteste l'existence d'un crime, l'ahuri qui s'y exerce n'empêchera jamais ce crime d'avoir été commis, c'est l'interprétation du terme "contesté" qui subit une dérive dangereuse. Il signifie bien sûr d'office "nié", mais aussi "mis en doute", et pas seulement l'existence, ce que l'on pourrait encore admettre d'après le texte, mais aussi les moyens mis en œuvre, l'amplitude ou tout autre fait se rapportant à ce crime.

Mettre en doute, ou se poser des questions, sur des faits se rapportant à un crime n'est pas nécessairement nier ou contester l'existence de ce crime. Or, c'est bien là où l'on en est arrivé; et ce qui est choquant, c'est que l'on ne poursuit que ceux dont les conclusions nous déplaisent, ceux qui mettent en doute ou modifient l'histoire acceptée dans le "bon" sens sont favorablement accueillis; pour ceux-là la "dérive" ne joue pas. Mais là où le bât blesse vraiment, c'est à l'article 12 de cette même loi, qui se propose "d'assister les victimes de discrimination fondée sur leur origine (...) religieuse".

C'est à dire, et c'est ici que je veux en venir, que cette loi ne punit que le "disant" non politiquement correct, qui, aussi ignoble et inacceptable soit ce qu'il raconte, ne tue personne, mais elle se fiche complètement des causes profondes et principales de tout génocide : les religions.

Et non seulement elle s'en fiche, mais elle les protège, et doublement : d'abord en favorisant l'occultation du fait religieux, et plus particulièrement chrétien, dans l'élaboration (et le succès) de l'antisémitisme nazi, mais de plus en donnant la possibilité aux religieux de traîner en justice tout individu qui insiste un peu trop sur ce point.

Balivernes ? Que non pas, ne croyez-vous pas que n'importe quel chrétien "moderne" ne se sentirait pas profondément blessé par l'affirmation que le christianisme est une des causes prédominantes de l'antisémitisme européen, et que cette cause a trouvé son point culminant avec l'antisémitisme nazi ?

Et ne croyez-vous pas qu'il pourrait invoquer la discrimination religieuse (c'en est une d'ailleurs) ? Mais quelle loi protège l'athée de l'amalgame "nazi = athée" ? Et quelle loi proclame l'exonération du stalinisme ?...

Mon but n'était évidemment pas de prendre la défense de ceux que l'on nomme trop imprécisément les "révisionnistes", mais de critiquer une mauvaise loi, et celle connue sous le nom de "Fabius-Gayssot" n'est qu'un brouillon mal torché à la hâte et qui se mord la queue. Une mauvaise loi est une loi dangereuse, surtout lorsque le "pouvoir" ne l'applique qu'à la tête du "client".

Affirmer que le nazisme est athée et que l'athéisme est responsable de l'antisémitisme est du révisionnisme de l'eau la plus pure. Ce dogme fallacieux qui s'implante de plus en plus dans les consciences non seulement porte tort à tous ceux pour qui "dieu" ne signifie rien, mais de plus innocente les vrais coupables, et cette loi le permet, puisqu'elle n'assiste que "les victimes de discrimination fondée sur leur origine (...) religieuse" et que l'athéisme n'est pas une religion.

De plus, elle n'est pas appliquée (parce qu'inapplicable évidemment) à la grande majorité des contrevenants.

Une religion qui se fonde sur le mythe que les Juifs ont fait tuer son dieu ne pratique-t-elle pas une dangereuse discrimination religieuse ? De même qu'une autre qui classe ses fidèles parmi le seul peuple élu par le sien ? Ou encore celle qui recommande comme un grand bienfait d'exterminer les "incroyants" avec la promesse de fabuleux délices charnels dans un hypothétique paradis ? Et dans ce dernier exemple, on n'ose même pas appliquer la loi qui punit l'incitation au meurtre...

Des lois qu'on n'applique pas constituent un grave danger pour les états de droit que sont les démocraties; si elles sont dépassées, il faut les supprimer, et si elles sont inapplicables, alors il faut les changer.

Johannès Robyn

 

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